💥 Zero Bullshit
Chapitre 05

La mainstreamisation

Dans les tours de verre de Manhattan, les grands cabinets d'audit s'intéressent à la méthode. Deloitte, KPMG, Ernst & Young, PricewaterhouseCoopers. La nouvelle circule dans les étages supérieurs, dans les départements de recherche et développement. Des séminaires internes sont organisés, des consultants spécialisés engagés.

Pourtant, l'adoption reste superficielle, non systématique. La méthode, bien que connue, n'est pas véritablement institutionnalisée dans les processus d'audit. Elle reste souvent un outil parmi d'autres, utilisé de façon ponctuelle par quelques auditeurs curieux, mais rarement intégré aux procédures standards. Une connaissance théorique qui peine à s'imposer dans la pratique quotidienne.

Cette réticence à pleinement adopter la méthode aura des conséquences dramatiques. Certains des plus grands scandales financiers des années suivantes auraient pu être évités si la loi de Benford avait été systématiquement appliquée. L'outil existait, mais dormait dans un tiroir pendant que les fraudeurs œuvraient librement.

L'audit traditionnel restait ancré dans ses méthodes d'échantillonnage aléatoire, de vérifications manuelles, d'intuition des experts. La révolution numérique promise par Nigrini et l'IRS peinait à s'imposer dans un milieu conservateur, attaché à ses méthodes éprouvées mais dépassées.