💥 Zero Bullshit
Chapitre 02

Le Gil ne fait pas le bonheur

Final Fantasy. Ce nom résonne depuis plus de 30 ans dans l'imaginaire collectif des joueurs. Née dans les salles enfumées du Japon des années 80, cette saga légendaire a traversé les époques, survivant à ses propres créateurs, s'adaptant aux révolutions technologiques. 47 jeux, 15 films et séries, 180M d'exemplaires vendus. Derrière ces chiffres vertigineux se cache une mythologie moderne aux multiples visages, un panthéon de héros improbables et de créatures fantastiques reconnaissables entre mille.

Son quatorzième opus aurait pu être un chapitre de plus. Il fut d'abord une catastrophe. Lancé précipitamment en 2010, le jeu s’effondre sous le poids de ses propres ambitions. Interface archaïque, mécaniques bancales, serveurs à l’agonie : un désastre industriel. Square Enix, en un geste sans précédent, choisit de faire table rase. Pendant deux ans, une équipe travaille dans l’ombre sous la direction de Naoki Yoshida, un producteur qui n’a jamais caché son mépris pour ce qui existait avant lui. En 2013, dans un symbolisme parfait, A Realm Reborn émerge des cendres, une renaissance à l’image de son propre scénario, où une apocalypse efface le monde pour mieux le recréer.

Dix ans plus tard, Eorzéa abrite 25M d'âmes. Médecins, chauffeurs de taxi, étudiants, professeurs, chômeurs. Tous devenus guerriers, mages ou artisans dans cette seconde vie. On s’y retrouve après le travail, on y forge des amitiés, parfois des amours. On s’y marie dans des cérémonies étranges mais sincères, où les larmes devant l’écran sont bien réelles.

Car cette civilisation parallèle a ses lois, sa monnaie, son économie. Le gil y circule en flux ininterrompus, alimentant des places de marché où tout s’achète, se vend, se spécule. Les prix fluctuent au gré de l’offre et de la demande. Des cartels de joueurs verrouillent certains secteurs, d’autres vivent d’arbitrage, achetant ici pour revendre là-bas. Une économie virtuelle qui reflète la nôtre, avec ses mécanismes d’inflation, ses taxes invisibles, ses bulles et ses krachs.

C’est dans ce monde déjà complexe que Square Enix introduit en 2013 un élément qui allait en bouleverser la dynamique sociale : la propriété foncière. Une annonce accueillie comme une révolution.