Alors que le bouclage de la vente se termine, 3 médias s’apprêtent à publier des enquêtes sur Guillaume Pley, pour analyser sa ligne éditoriale et ses comportements passés. Le Monde dégaine le 25 juin dans une vidéo qui mêle positionnement politique et comportement qualifié de toxique de l’animateur67. Quelques semaines plus tard, le vidéaste TPZ publie une vidéo, un temps supprimée après une réclamation de Romain Lanéry, autre vidéaste, actionnaire d’/influx, et à laquelle Gilles Petit, rédacteur en chef du Brief Patrimonial et intervenant pour Zero Bullshit, participe pour éclairer sur le rôle de Mathias Baccino. 3 jours plus tard, ce sont Les Inrocks qui publient des éléments similaires68. L’affaire fait grand bruit, puis comme à chaque polémique médiatique, se tasse lentement.
Jusqu’au 12 août 2026.
Le Point, sous la signature d’Erwan Seznec, révèle qu’une plainte avec constitution de partie civile vient d’être déposée par Legend Metamedia et Guillaume Pley contre Les Inrocks69. Un article partagé dans l’heure par l’avocate qui l’a déposée, Jade Dousselin.
Publication LinkedIn de Jade Dousselin
Rien d’illégal là-dedans. Rien d’inhabituel non plus. Si ce n’est que la même Jade Dousselin pestait il y a quelques mois contre des violations du secret de l’instruction, pour des fuites dans la presse à peu près semblables, quand elle défendait l’animateur Sébastien Cauet.
Ce qui est un peu plus étonnant arrive 15 jours après, quand le même journaliste publie un second papier, et celui-là ne ressemble pas au premier70. 2 jours plus tôt, le 25 août, Dieudonné a raconté dans un direct qu’une personne très proche de Pley lui aurait dit qu’un rachat avait été proposé pour environ 2M€ par des gens liés à Mediawan, refusé, et il y voit une cabale71. Le 27, Le Point déroule exactement ce récit, qui va être ardemment repris par une partie de la presse, et commenté massivement par les soutiens de Guillaume Pley.
Le montant, le nom, le mobile : tout y est. Le Point est le premier relais qui porte une signature. Mais le journaliste écrit lui-même que rien n’étaye le scénario des représailles. Ce deuxième point est celui que personne ne reprendra.
Parce que le récit, tel qu’il circule, se résume simplement :
Il y a d’abord une symétrie amusant : des médias et des commentateurs dits de droite font exactement ce qu’ils dénoncent, se mettre d’accord pour dire la même chose, contre les médias dits de gauche.
Mais reprenons. Quand Le Point publie la plainte, elle vient soit de l’avocate de Pley, offensive et adroite en communication, soit de quelqu’un d’assez proche de lui pour l’avoir. Le 12 août, la matière du journaliste, c’était cette plainte, consultée avant tout le monde. Le 27, c’est l’offre Mediawan, citée de l’intérieur, mot pour mot sur la clause de gouvernance, et traduite en « 5 trimestres de bénéfice net à peine ».
Alors quand le même journaliste, qui est d’ailleurs un journaliste éco, et non média, raconte l’histoire de Mediawan, les sources sont vraisemblablement les mêmes, et la voix qui parle est soit celle de l’avocat de Pley, soit celle qu’elle a choisi pour organiser la fuite.
Pour autant est-ce vrai ? Factuellement, en partie.
Xavier Niel et Matthieu Pigasse, via leur holding commune Le Monde libre, avaient investi avec Pierre Bergé plus de 130M€ dans Le Monde en 2010, et en avaient pris la majorité. Sauf que le journal a publié en juin 202672 l’état de son actionnariat, et il ne ressemble plus à ça : Pigasse a cédé le solde de ses parts en 2023 et ne figure plus au capital du groupe, Niel n’a gardé qu’une action, le reste ayant été cédé pour 1€ à un fonds pour l’indépendance de la presse, avec interdiction statutaire de revendre. La carte des intérêts qui ressort en août est celle de 2010. Mais, bon, admettons.
Matthieu Pigasse, lui, est bien propriétaire des Inrocks via Les Éditions Indépendantes, qu’il détient via Combat, ex-Les Nouvelles Éditions Indépendantes, qui détient Radio Nova, Rock en Seine, ou encore des participations dans Deezer, Le HuffPost et Mediawan. Et autrement fois dans Le Monde, donc.
Mais Le Point, qui appartient à François Pinault via Artémis, n’écrit jamais les dates ni les contours précis. L’article pose 3 repères, et c’est là que tout se joue :
Pris séparément, aucun n’est faux. « Hiver 2025 » peut désigner le début 2025 comme l’hiver 2025-2026, qui colle aux réunions de janvier et mars. C’est leur combinaison qui produit l’effet.
Le « à peine un an plus tard » ferme l’ambiguïté à la place du lecteur : si un an plus tard tombe en mai 2026, alors l’hiver est celui du début 2025. La date n’est écrite nulle part. C’est toi qui la calcules, et une date calculée se retient mieux qu’une date lue. Et c’est ce qu’ont fait les Sherlock Holmes des bacs à graviers.
Or les deux versions ne racontent pas la même histoire.
Le premier récit a un coupable. Le second a un calendrier.
Mediawan arrive sur le dossier, comme tout le monde
Pierre-Antoine Capton rencontre Guillaume Pley
Puis 3 fois en mars.
Les offres arrivent toutes en même temps
De 4 à 72M€ de valorisation.
FG Bros signe
17M€ pour environ 24%, soit 72M€ de valorisation.
Le Monde publie l'état de son actionnariat
Pigasse n'y figure plus, Niel n'a gardé qu'une action.
Le Monde publie sa vidéo sur Legend
Matthieu Pigasse s'assoit dans le fauteuil de Legend
253K vues.
La vidéo de TPZ, puis l'enquête des Inrocks
Le Point révèle la plainte de Guillaume Pley contre Les Inrocks
Dieudonné évoque en direct un rachat proposé pour environ 2M€ par des gens liés à Mediawan
Le Point déroule le même récit, sans dater l'offre
21News écrit « un an plus tôt »
La suite se lit à la trace. 21News écrit « un an plus tôt »73. D’autres écrivent « juin 2025 ». Aucun ne remonte à la source, et à chaque maillon la prudence tombe : l’ambiguïté devient une date, la date devient un fait, le fait devient un mobile largement repris, commenté et simplifié.
Les reprises, fin août 2026
21News, 28 août 2026
L’article permet enfin une opération Nostradamus. En scred, à la fin de l’article, il est question de Society, magazine de société édité par So Press, qui compte parmi ses investisseurs l’ex-cadre de M6 Robin Leproux, le cofondateur de Brut Renaud Le Van Kim, l’ex-footballeur Edouard Cissé, ou encore le ministre Serge Papin. Et il se trouve que tous ceux qui travaillent sur Guillaume Pley savent que le magazine prépare une longue enquête, pour une publication à la rentrée. La fameuse source du Point se plaint en expliquant :
« Pierre-Antoine Capton est actionnaire de So Press, qui édite Society »
Certes. Mais Capton y est ultra minoritaire. Et cette phrase ne sert qu’à être ressortie au moment de la publication, à base de « je vous l’avais bien dit ».
Mais pas un mot sur les refus des autres investisseurs. La dizaine de candidats sus-listés n’ont même pas l’ombre d’une ligne. Parce que ces refus-là ne permettent pas de valider le complot qui n’existe pas. D’autant qu’il reste une dernière pièce qui coince dans la machine à machination. Et c’est Legend qui l’a publiée.
Le 22 juillet 2026, Matthieu Pigasse74 s’assoit dans le fauteuil. 253K vues. Sous la vidéo, la description écrite par la chaîne le présente comme cofondateur de Mediawan avec Xavier Niel, et investisseur des Inrockuptibles et de Radio Nova.
À ce moment-là, ça ne gênait encore personne.