💥 Zero Bullshit
Épilogue

RealFi

Comme souvent, on ne saura probablement jamais ce qui s’est passé dans les quelque 2’000 logements achetés par RealT, entre la version « propriétaires véreux qui exploitent ardemment les locataires », et celle des gestionnaires qui préfèrent garder l’argent pour lui avant de créer son business.

Mais je crois que la réalité est ailleurs.

Du côté de la promesse de la tokenization. Certes, l’écosystème technique de RealT fonctionne, une DAO53 est en prévue (depuis un moment, cela dit), la liquidité fonctionne plus ou moins, y compris lorsqu’elle a été (il faut le souligner, contrairement aux gérants SCPI) assurée par RealT.

Mais toute la transparence, qu’on attribue pourtant largement à la blockchain, a été perdue. Non seulement parce qu’il y a ce wallet centralisé qui ne permet plus de tracer ce qui est réellement versé à chaque propriété. Mais surtout parce qu’il n’y a pas la moindre ligne comptable, ni sur les dépenses ni sur les recettes, pour aucune des propriétés. Alors certes, la gestion locative ne fait pas partie des métiers les plus funs et digitalisés, mais comment est-ce encore possible de ne pas donner le moindre détail budgétaire, surtout après une année de soupçons ?

De l’autre la promesse de l’investissement. Contrairement à beaucoup, je ne crois pas que l’argent soit la cause de tous les problèmes, et même qu’il peut en être la solution. Investir à Détroit, ou son équivalent français que pourrait être Saint-Étienne, n’est pas un problème en soi. C’est même positif.

Parce que, comme je le disais il y a quelques temps, il y a une certaine méritocratie en immobilier. En achetant des biens en mauvais état, en rénovant, on gagne mécaniquement de la valeur, et du rendement. Tout le monde y gagne.

  • Le propriétaire qui s’enrichit ;
  • La banque qui finance ;
  • Le locataire qui a un meilleur logement ;
  • L’État qui bouffe à tous les râteliers.

Mais encore faut-il que l’argent soit utilisé à bon escient.

Même en imaginant que les gérants ont détourné de l’argent, en acceptant que plusieurs biens ont été vandalisés, en estimant possible que des propriétés aient été négligées, comment peut-on arriver à des centaines de taudis sans que personne ne voit rien en 6 ans ?

Finalement, la conclusion est la même que pour la double enquête sur Laurent Villa et la légèreté des plateformes : être intermédiaire ce n’est pas juste prendre sa comm’ entre des investisseurs et une floppée de gens qu’on ne contrôle jamais.

Ce n’est pas une excuse pour les investisseurs qui, cela dit, dans le cas présent, n’ont pas perdu d’argent. Et c’est même l’inverse.

C’est encore moins une excuse quand cela impacte la vie quotidienne de milliers de gens.

Parce que l’économie est toujours réelle.

Shawn Reed n’a pas pu être joint.

Cette enquête a été réalisée avec l’aide précieuse d’Aaron Mondry, senior reporter à Outlier Media.