💥 Zero Bullshit
Épilogue

On ne peut pas tromper une personne mille fois... si, si on peut tromper mille personnes une fois... euh mille fois... non, on ne peut tromper pas une fois mille personnes, mais on peut tromper une fois mille personnes, oui on ne peut pas tromper mille fois…

Alors qu’en est-il de l’argent public ? Bpifrance est le 2e actionnaire, derrière Astanor :

  • Astanor 22,77%
  • Bpifrance 13,62%
  • Upfront 8,22%
  • Talis Capital 5,01%
  • Partners in equity 4,84%
  • Demeter 4,14%
  • Idinvest / Eurazeo 3,61%
  • Visvires 3,58%
  • Fonds Picards 3,54%
  • Armat / Helios 2,89%
  • Supernova 2,53%
  • Quadia 2,34%
  • French Partners 1,74%

Restent quelques miettes aux fondateurs (2,92%) et divers investisseurs individuels (0,66%).

Alors, combien ?
Réponse : je sais pas, mais cher.

Soyons clairs, et même si on va encore me dire que j’y comprends rien, je ne vois pas une seule porte de sortie pour Ÿnsect. Certains investisseurs font semblant d’y croire, quand d’autres commencent vraiment à s’agacer en off. Quoi qu’il arrive, et même en levant 50 ou 100M€, le burn et le CA qui n’arrivera pas réellement à exister avant de nombreux mois, Ÿnsect devra passer par une série E.

Comment imaginer que quelqu’un suive après autant d’échecs commerciaux et opérationnels ?

Alors sans doute qu’on risque de voir trainer le corps d’Ÿnsect en état de mort cérébrale pendant un long moment dans les couloirs de la French Tech. Mais personne ne se fait d’illusion. Et la restructuration, la liquidation ou une vente à la barre pourrait encore couter cher aux AGS pour payer les 250 salariés restant.

Côté Caisse des Dépôts, en dehors des 7M€ investis dans le capital de la SCI, personne n’a voulu me confirmer (ou infirmer) les montants en compte d’associé. Mais la somme dépasse dans tous les cas 14M€.

Côté Bpifrance la facture exacte n’est pas connue. J’ai pu pister au moins 37M€ d’obligations, mais les 13,62% détenus ne permettent pas vraiment de connaître le montant investi en equity, d’autant que l’organe public est entré dès la série B à 15M$. Mais vu la faible dilution, difficile d’imaginer que la Bpifrance n’a pas remis à chaque tour. Selon un fondateur cité par Sifted17, la banque représenterait la moitié des financements, sans doute en incluant les OC.

Côté régions et agglos, personne n’a souhaité répondre, mais dans une interview, le président d’Amiens Métropole indique s’être engagé « à verser des aides correspondant au nombre d'emplois créés » et confirme que la région est intervenue également. En 2020, Amienois-e.fr révélait que la métropole avait versé 770K€ de subventions.18 Un document interne daté de 2018 parle lui, sans donner de montant, d’une intervention de la métropole, mais également de la CCI, de la région Hauts-de-France et du Conseil départemental. Puis évoque la possibilité de solliciter l’Aide à la ré-industrialisation ou la Prime à l’aménagement du territoire (PAT), données par l’état. Ou les fonds de revitalisation (fonds privés issus de PSE locaux).

Un proche du département évoque une subvention de 440K€ du Conseil général fin 2020. Une source interne parle de 1,54M€ pour le département et la métropole, combinés, mais dont une partie était sous conditions de créations d’emplois. Seulement 231K€ par intervenant aurait été débloqué en 2020 puis 132K€ en 2021 pour le Conseil général.

Lors de son arrivée à Dole, Ÿnsect avait bénéficié du Programme d’investissements avenir (PIA). Sans que le montant ne soit divulgué, le projet d’Amiens y est annoncé pour 2020, et la startup est la figure de proue du rapport de 201919, dont la Cour des comptes avait vertement critiqué l’efficacité. Pour le même projet, Ÿnsect avait perçu en 2015 500K€ au titre du PAT.20 Le même PAT qui apparait dans les comptes de 2018 et de 2019 pour 200K€ à chaque fois, puis 500K€ en 2020.

Selon mes informations, le montant total des aides perçues au titre du PIA avoisinerait 21,3M€.

Côté Europe, une subvention de 20M€ avait été accordée lors de la série C en 201921 nommée BBI JU (Bio Based Industries Joint Undertaking).

On retrouve également des traces du financement de Paris Innovation Amorçage, le statut de Jeune Entreprise Innovante, une subvention Zelcor de l’INRAE (400K€ en 2019, 30K€ en 2018), de l’Ademe (82K€ en 2018, 1,6M€ d’avance en 2017), de l’ANR (60K€), d’aides à l’embauche (69K€ en 2021), de Bpi encore (243K€ en 2021) ou encore le CICE (118K€ en 2019, 118K€ en 2018, 93K€ en 2017, 49K€ en 2016).

En 2015, les subventions représentaient 760K€ pour 8K€ de CA.
670K€ pour 20K€ de CA en 2016
133K€ pour 37K€ de CA en 2017
190K€ pour 85K€ de CA en 2018
55K€ pour 136K€ de CA en 2019
962K€ pour 211K€ de CA en 2020
445K€ pour 354K€ de CA en 2021
589K€ pour 593K€ de CA en 2022
1,6M€ pour 656K€ de CA en 2023

Et en réalité, la multiplicité des sources, et la complexité des bilans fait que c’est sans doute bien plus, celle de l’UE n’apparaissant, par exemple, jamais dans les chiffres.

Tout ça donc pour une boite qui aurait fait à peine 2M€ de CA en 10 ans.

En ajoutant les subventions, l’equity et les PGE non remboursés, la facture sur les deniers publics devrait donc se situer entre 250 et 300M€.

Ça fait cher pour créer 250 emplois qui vont disparaitre.
Et faire le CA d’une boulangerie.22

Alors oui, évidemment, c’est simpliste.
Oui, évidemment, on ne peut pas faire de CA quand son usine ouvre début 2024 et doit attendre un an pour être à 20% de sa capacité de production.
Oui, évidemment, les capex d’une boite industrielle ne sont pas ceux d’un SaaS dont la levée ne sert qu’à filer du pognon à Google et Facebook.

Mais la question doit quand même se poser.
Combien de temps doit-on garder sous perfusion une boîte qui n’arrive pas à produire ?
Combien ça coute, et qui doit payer ?

L’argent public peut (doit ?) servir à financer des paris, même s’ils échouent. C’est le cas de Mistral : si on ne met pas le pognon aujourd’hui, même pour rien, on passe à côté de la possibilité d’exister sur ce sujet pendant 10, 20 ou 30 ans.

Mais ça ne peut pas être fait à n’importe quel prix, ni défendu par des élus qui n’y comprennent rien.
On ne peut pas justifier des dépenses colossales pour une prétendue sauvegarde de l’emploi, quand chaque emploi coute plus d’un million d’euros d’argent public.
On ne peut pas continuer à perfuser à coup des dizaines de millions d’euros une boite, uniquement parce qu’on a une aversion à la perte.

L’argent public est un bien collectif.
Chaque euro devrait être justifié, et son utilisation mesurée.

On peut se tromper.
Mais pas 1000 fois.

Je m’appelle Benjamin Charles, et je fais du conseil en branding, positionnement et création de contenus pour des entreprises de la finance, de l’immobilier et du web3.

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