💥 Zero Bullshit
Chapitre 04

Exposition Universelle

Boulevard Saint-Germain, dans le septième arrondissement parisien. Le Musée des Lettres et Manuscrits s'installe au 222 en 2010. Quatre ans plus tard, en septembre 2014, le groupe s'offre un nouvel espace d'exposition. L'événement mérite une inauguration en grande pompe. Le 25 septembre, Rachida Dati, maire de l'arrondissement, coupe le ruban devant Gérard Lhéritier et Gonzague Saint Bris à la nouvelle galerie de l'Institut des Lettres et Manuscrits, située rue Gaston-Gallimard. Dans la vitrine centrale de cette nouvelle galerie, le clou du spectacle : le rouleau des 120 Journées de Sodome18.

Trente-trois feuillets de 11 centimètres collés bout à bout, 12 mètres de long, écrits à la Bastille entre le 22 octobre et le 28 novembre 1785, chaque soir entre 19h et 22h. Un chef-d'œuvre d'ingéniosité que Sade avait dissimulé entre deux pierres de sa cellule.

L'exposition durera jusqu'en janvier 2015. Enfin, c'était le plan.

Deux mois après l'inauguration, en novembre 2014, les scellés tombent sur les portes du musée du boulevard Saint-Germain. Perquisitions. Fin de l'histoire. Mais entre-temps, la vitrine aura joué son rôle : transformer des manuscrits en arguments de vente.

Parce qu’Aristophil détenait environ 130 000 pièces ! Un arsenal culturel transformé en machine commerciale. Chaque manuscrit racontait une histoire. Mais surtout, chaque manuscrit servait l'histoire qu'Aristophil voulait raconter.

Dès lors, le Musée des Lettres et Manuscrits n'était pas qu'un lieu d'exposition. C'était une fabrique de légitimité. Les vitrines blindées, l'éclairage tamisé, les cartels savants transformaient des feuillets en reliques. Le visiteur lambda admirait. L'investisseur potentiel visualisait son placement. Les manuscrits devenaient preuves : preuve de culture, preuve de valeur, preuve de solidité.

Cette fabrique de prestige s'appuyait sur les « coups » médiatiques de Gérard Lhéritier. Le rouleau des Cent vingt journées de Sodome de Sade, acheté 7 M€ selon lui, pièce volée en 1982 et classée Trésor national. L'ensemble de neuf manuscrits de Breton, dont le Manifeste du surréalisme, acquis pour 3,2-3,6 M€ chez Sotheby's en 2008. Les 313 messages de De Gaulle de Londres, que l'État requalifiera en archives publiques19. Même sa contribution de 150 000 € au rachat de l'appartement natal de Verlaine à Metz participait de cette stratégie : se poser en mécène culturel tout en alimentant la machine commerciale.

En 2014, Aristophil pousse la logique plus loin avec le Cercle Aristophil, un système de fidélité par paliers20. Pour 20 à 100 K€ d'investissement, accès au musée, abonnement à Plume, dîners au restaurant Le Playa à Cannes21. À partir de 100 K€, invitations au Fouquet's, au Grand Prix de Monaco, au Festival de Cannes. Au-delà de 400 K€, croisières en yacht et déplacements en jet privé Aristophil. La mise en scène culturelle se doublait d'une mise en scène sociale.

Même technique avec les oeuvres, dont chaque apparition publique renforçait le récit. Un manuscrit de Breton exposé ? Sa cote symbolique grimpait dans les plaquettes commerciales. Une lettre de Napoléon sous vitrine ? Son prix dans les catalogues internes s'envolait.