💥 Zero Bullshit
Chapitre 01

Petits élus, grands mystères

« Tout n'est pas politique, mais la politique s'intéresse à tout. »
- Nicolas Machiavel

Bah moi je pense qu’il a tort, Machiavel. Politique vient du grec πολιτικός (politikos) qui veut dire « citoyen ». Historiquement, c’est ce qu’on appelait la vie de la cité. Aujourd’hui le terme même de politique est devenu un repoussoir parce qu’il renvoie à l’image qu’on a des orateurs qui passent à la télé, vieux, blancs, en costard. Certes, depuis 20 ans, la caricature a un peu bougé. Mais l’image que le public s’en fait, pas tellement.

Le paroxysme de ce rejet a eu lieu pendant la fameuse période des Gilets jaunes. Si le mouvement a toujours été très hétérogène, et qu’encore aujourd’hui on a du mal à le définir, tellement il a été différent entre les premiers jours, et les suivants sur les ronds-points, il a fortement été marqué par le rejet du politique. Au point que ni les partis, ni les syndicats, n’ont su comment l’appréhender.

Puis a émergé le mot apolitique. Pourtant, qu’est-ce qui pourrait être plus politique que les Gilets jaunes, qui voulaient tour à tour changer la Constitution, révoquer les élus, modifier la fiscalité ou réclamer plus d’aides ?

On peut aussi citer Emmanuel Macron qui, l’été dernier , expliquait que les JO n’étaient pas politiques. Alors pourquoi le choix d’une ville donne-t-il lieu à des tractations diplomatiques infinies ? Pourquoi certaines nations sont-elles mises au ban, ou au contraire protégées ? Interdire des athlètes russes, ou à l’inverse donner un statut aux athlètes palestiniens, c’est hautement politique, peu importe l’avis qu’on a sur la question.

Si je fais cette (longue) introduction, c’est parce qu’elle permet sans doute d’expliquer un bien étrange paradoxe qui, selon un fin connaisseur de la vie politique, ne daterait que d’il y a quelques dizaines d’années. Mais que, honnêtement, j’ai eu la flemme de recouper pendant des heures vu que c’est pas (entièrement) le sujet.

Aux dernières élections municipales, dont on se rappelle l’étonnant second tour en plein milieu du confinement, les 42 villes de plus de 100’000 habitants, ont été remportées par le représentant d’un parti d’envergure nationale, à l’exception notable de trois villes :

  • Le Havre, avec Édouard Philippe, classé divers droite, ex-LR (et ex-PS d’ailleurs) qui a son propre parti Horizons, mais qui n’a pas assez de % pour être comptabilisé séparément1 ;
  • Annecy, avec François Astorg, classé écologiste, ex-EELV ;
  • Saint-Paul, avec Huguette Bello, classée Pour La Réunion, parti local, même s’il est rattaché à l’Assemblée nationale à la NUPES puis au NFP, et qui vient du PCR.

Mais dans les plus petites villes, les maires s’écartent volontiers des partis, sans doute parce que, même s’ils peuvent avoir les idées des uns ou des autres, ils préfèrent que leurs administrés les voient indépendants. Et la proportion est sidérante :

  • 13,71% divers droite ;
  • 13,16% divers gauche ;
  • 5,77% divers centre ;
  • 6% divers rien ;
  • 55,30% sans étiquette.

Ce qui l’est encore plus, c’est la dichotomie entre les partis dont on entend parler tous les jours dans les médias, et leurs résultats aux scrutins locaux.

Si j’ai commencé par ces chiffres, c’est parce qu’ils permettent de mettre en perspective les financements des quelques 534 (!) partis politiques déclarés en France. Parce que si tout le monde connaît ceux de Mélenchon, Macron ou Le Pen, qu’on entend parfois parler des micro partis de Le Maire ou Ciotti (rarement pour de bonnes raisons, d’ailleurs) il en existe une foule d’autres, dont la majorité sont à dimension régionale, départementale, voire municipale.

Et ça influe énormément sur le financement.