💥 Zero Bullshit
Chapitre 02

Par ici la monnaie

Pour faire simple, y’a 4 manières pour un parti de gagner de l’argent :

  • Les aides publiques, principalement basées sur les résultats aux élections ;
  • Les adhésions des particuliers (ou des élus) ;
  • Le reversement d’une partie des indemnités des élus ;
  • Les dons privés, de particuliers ou d’entreprises.

Mais en réalité, les 4 sont de l’argent public, puisque les dons sont défiscalisés à hauteur de 66%, dans la limite de 20% du revenu imposable.

Note : merci à la CNCCFP2 pour son aide sur les chiffres

Les cotisations d’adhérents

En 2023, 44 M€ ont été dépensés en cotisations par des particuliers, ouvrant le droit à 66 % de réduction d’impôt, soit jusqu’à 29 M€ de coût pour l’État. À lui tout seul, le PCF revendique 13 % de tous les dons, loin devant ses petits copains.

Ces chiffres3 permettent de mettre en perspective le nombre d’adhérents réels, parfois loin des chiffres revendiqués. Par exemple, LFI qui revendique 370K adhérents a perçu très exactement… 0€ de cotisation. Les chiffres du Modem (12K adhérents revendiqués) montrent un montant de 9€ par personne, alors que l’adhésion est à 20€. On est plutôt proche de 5’150 adhérents. Pareil pour Horizons : l’adhésion de 30€ donne 7’830 adhérents (au lieu de 34’000). Ou Debout la France qui avec son adhésion à 35€ plafonne à 2’500 adhérents (et pas 15’632).

M’enfin, c’est sûrement à cause de l’inflation.

Les chiffres semblent plus cohérents à l’extrême droite, avec des montants compris entre 20 et 40€ pour Reconquête, l’UPR, RN ou Les Patriotes. Pareil pour LR ou Renaissance, quand on va un peu moins à droite.

Ces mêmes chiffres semblent beaucoup moins cohérents à gauche… mais pas pour les raisons qu’on pourrait imaginer. Avec 94€ / adhérent au NPA, 144€ au PCF et même 179€ à Lutte Ouvrière, et parce qu’on peut imaginer que les partis ne mentent pas à la baisse sur leur nombre d’adhérents, il est probable que les montants libres de cotisation encouragent les cotisations élevées.

Montant total reçu en cotisation, par parti

Les cotisations d’élus

Seuls 10 partis reçoivent plus de 100K € de cotisations de leurs élus. Les partis de gauche représentent à eux seuls près de 75 % de ces financements, qui, finalement, peuvent être comparés à une sorte de néocommunisme. Puisque le principe, c’est que les élus donnent un pourcentage de leurs revenus (issus de l’argent public) au parti, pour le financer. Ce qui est étonnant, c’est que ces montants ne semblent aucunement liés aux résultats des élections. Et c’est même l’inverse concernant les partis de gauche : plus ils ont d’élus et plus ils obtiennent de bons résultats… moins ils redonnent au parti.

Comparaison des montants reversés par les élus par rapport aux scores des élections locales

Cela dit, attention au paradoxe de Simpson, puisque les résultats aux législatives concernent quelques centaines d’élus, ceux des municipales des dizaines de milliers, et s’ajoutent à ça les régionales et les départementales, qu’il est difficile d’étudier.

Reste que, comme on le voit, on a clairement des pratiques très différentes entre la gauche et la droite.

Montant total reçu en cotisation des élus, par parti

Les dons

Les dons montrent une toute autre typologie. Les petits partis, généralement locaux, représentent 17% des montants, alors qu’ils sont quasiment absents des autres financements. Si on voit une nouvelle fois apparaître le PCF en haut du classement, il est plus étonnant de voir Reconquête ! en 2e position. Preuve, probablement, que le parti a su massivement rassembler autour de Zemmour afin de combler son absence complète d’autres types de financement, puisqu’à la création, il n’avait quasiment aucun élu, malgré quelques prises au RN. Plutôt étonnant, on voit apparaître également Les Patriotes, LO ou Générations ou le Syndicat de la Famille (ex-Manif pour tous), tandis que les gros partis traditionnels sont plus en retrait. Et le PS n’apparaît même pas dans le classement.

Si c’est effectivement dû à la typologie même de ces derniers partis, qui n’ont pas ou peu d’élus, cela pourrait aussi ressembler à des partis qui ont un positionnement fort auprès desquels les adhérents se retrouvent idéologiquement fortement engagés.

Les aides publiques

Enfin, on a donc les aides publiques. Après avoir vu les autres financements, qui sont donc plutôt liés à des engagements, de particuliers ou d’élus, on peut s’étonner de ces distributions particulièrement antidémocratiques. Parce que certes, ces aides sont principalement liées aux résultats nationaux, et notamment aux fameux 5 % à la présidentielle, qui permet le remboursement des frais de campagne, mais on voit bien que, comparé à ce que les électeurs sont prêts à donner et aux adhérents que ces partis représentent, il y a une vraie différence.

La réalité, c’est que 10 partis prennent à eux seuls 92 % des aides publiques. Et que moins de 30 sont financés par ces mêmes aides. Mais tout ça ressemble surtout à un énorme cercle vicieux où, pour exister, il faut de l’argent, et que pour avoir de l’argent, il faut exister. Certes, Reconquête ! ressemble à un contre-exemple, et le parti macroniste, né sur les cendres (et grâce aux moyens) de la candidature avortée de DSK, avait suivi un chemin un peu identique. Mais la capacité d’acteurs politiques plus petits à exister sur la scène médiatique et électorale semble réellement complexe.