L’arrivée de Napoléon rassure les Protestants. La loi du 18 Germinal An X (8 avril 1802) rétablit la liberté de culte. Mais à Nîmes des vagues de violences contre les protestants ont lieu pendant la Terreur Blanche de 1815 sous le régime de Louis XVIII.
C’est à cette époque que les Courtois font la connaissance de David-César Chabrand, pasteur fils d’un marchand qu’ils connaissent. Chabrand, avec l’appui du Roi (il lui accordera la fleur de lys), réorganise l’Église réformée de Toulouse. Ensemble, ils fondent la Société des Traités Religieux en 1820, une maison d’édition.
Très impliqués dans la vie de l’Église, dont ils seront diacres et membres du consistoire, ils deviennent aumôniers dans des prisons et hôpitaux, puis fondent une maison de santé pour vieillards ainsi que l’Institut d’orphelins de Saverdun.
Parfaitement anglophone grâce à leur mère, le trio a ses entrées à Earl Street, le siège londonien de la très puissante British and Foreign Bible Society. Ils auraient pu décider de se répartir les métiers de pasteur, banquier et éditeur : mais non, ils feront chacun les trois !
Louis hésite à confier la banque à ses fils qui passent le début des années 1830’s à colporter la parole protestante. Ils embauchent des prosélytes, mais comme ils ne sont pas assez nombreux, ils trouvent un accord avec des colporteurs de bibliothèque. Et ils ont un argument de force : l’argent. Entre 1831 et 1837, ils répandent plus de 60’000 Bibles et Nouveaux Testaments !
En 1836, Armand se marie à Clairac avec Marthe de Viçose. Descendante d’une famille de huguenots qui s’est établie entre Bordeaux et Montauban dont l’arrivée semble dater du XVIe siècle, quand Michel de Viçose, médecin, soldat et financier portugais, devient trésorier d’Henri IV en Guyenne. Son fils deviendra secrétaire du Roi et s’illustrera lors de la bataille d’Ivry : Henri IV lui décernera son fameux panache blanc.
Cette union qui va sceller le nom d’une dynastie : les Courtois de Viçose.
À peine un mois plus tard, le père meurt, obligeant les frères à revenir dans la banque qui reste la plus importante de la ville, notamment à travers le financement de l’industrie du textile.
Pendant ce temps a lieu la révolution industrielle. Dans L'Éthique protestante et l'Esprit du capitalisme, qui paraîtra en 1905, Max Weber expliquera longuement le lien entre la réforme protestante et la révolution industrielle. Les sociologues passeront tout le XXe à essayer de lui donner tort. Reste qu’à Toulouse, comme dans tout le Languedoc : il ne se passe rien. Seules la chimie et les armes semblent encore vaguement porter l’économie locale, d’une région éloignée de toutes les décisions nationales.
Les frères continuent d’élargir la clientèle, en allant bien au-delà du textile. C’est évidemment le début de la distribution et des épiceries, et donc une belle opportunité de financer les marchands de gros et demi gros.
Mais la banque participe également au financement des grands changements de la ville, comme la gare de Matabiau, ouverte quelques années après la fin des travaux de la place du Capitole. Toulouse suit le modèle des transformations qu’est en train de modeler le baron Haussmann à Paris, en perçant de grandes artères, ou en remplaçant les remparts par des boulevards, signant la fin du moyen-âge.