Sans doute que j’ai déjà perdu les plus allergiques aux maths. Mais en réalité, pas besoin d’être Cédric Villani pour comprendre pourquoi, in fine, c’est logique.
Certes, notre esprit cartésien s'attend à une distribution uniforme : chaque chiffre devrait apparaître environ 11% du temps (en comptant le 0). Pourtant, la réalité est tout autre.
L’explication, c’est l’échelle logarithmique de la croissance. Et même si les mots font peur, c’est pas si compliqué.
Pour comprendre cette distribution, imaginez une entreprise qui croît de 10% par an.
En d'autres termes, si nous suivons la croissance de cette entreprise sur 30 ans, son chiffre d'affaires commencera par 1 pendant 8 ans, par 2 pendant 4 ans, par 3 pendant 3 ans, et ainsi de suite. Quand il atteindra 900K€, il ne restera qu'un an avant qu'il ne passe à 1M€ et recommence le cycle avec 1 comme premier chiffre.
C'est le principe de l'échelle logarithmique :
Cette propriété s'observe dans toute suite de nombres qui suit une croissance proportionnelle. Prenez une simple suite où chaque nombre est le double du précédent : 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256, 512, 1024...
Sur ces 11 nombres, 4 commencent par 1 (soit 36%), 2 commencent par 2 (soit 18%), 1 commence par 3, 1 par 4, 1 par 5, 1 par 6, et 1 par 8. On retrouve approximativement la distribution de Benford.
Cette loi se vérifie dans un nombre assez étonnant de domaines :
Mais cela nécessite quand même quelques règles et amène des limitations pour quelques exceptions :
Et c’est justement l’incapacité des humains à générer du vrai aléatoire, ou à trop reste dans une répartition uniforme qui permet de détecter une fraude.
Prenons l’exemple d’une personne malhonnête qui invente des chiffres : elle a tendance à répartir les premiers chiffres de manière plus uniforme qu'ils ne le seraient naturellement. Au lieu d'avoir 30% de chiffres commençant par 1 et seulement 4,6% par 9, les données falsifiées montrent souvent une distribution plus équilibrée.
De même, les fraudeurs évitent souvent les chiffres ronds et privilégient les chiffres comme 53, 87, ou 29, qui semblent plus aléatoires à l'esprit humain. Par cette tentative même de rendre les chiffres plus crédibles, ils créent des anomalies statistiques détectables, avec une simple loi de Benford qui fonctionne sans même comprendre le contexte des chiffres analysés.
Et les autorités ont fini par le comprendre.