💥 Zero Bullshit
Chapitre 04

Drop Game

Parce qu’il y a une 3e rubrique qui s’appelle « Drops », et qui ressemble à s’y méprendre aux dossiers : une thématique, un PDF.

Alors, pourquoi en faire une catégorie dédiée ? Eh bien la réponse est planquée à la fin des PDF : les drops ont en réalité des dossiers qui servent à vendre un placement financier. Ce que Day One m’explique avec ses mots. Et son angle.

« Chaque mois, un « drop » met en lumière une classe d’actifs : un dossier complet est fourni pour expliquer son fonctionnement, ses opportunités et ses risques. Un partenaire qualifié est ensuite présenté aux membres souhaitant investir, avec des conditions préférentielles négociées (notamment des frais drastiquement réduits). »

Prenons les 25 pages du premier : les altcoins. Après avoir expliqué comment se forger une allocation crypto, la page 22 annonce que le partenaire du drop est Coinhouse, société où Larchevêque est un des principaux actionnaires. Ce qui n’est au passage jamais précisé. L’objectif est ici de vendre pour 366€ l’offre de Gestion Privée de la plateforme, affichée 732€ sur le site de Coinhouse. Étonnamment, les risques sont bien plus discrets.

Mais quelques temps après, plusieurs membres se sont plaints des conseils de Coinhouse, surtout en cette période très mouvementée pour les cryptos, avec une allocation particulièrement risquée.

Extrait du Discord de Day One

Dans le 2e drop, il est question de placer à 23,5% / an pour de l’immobilier à Marrakech via Stoniz. Une société française créée il y a tout juste un an par Jonathan Nabais, dont ce n’est visiblement pas l’activité principale, et qui était à l’origine censée être une énième plateforme de fractionnement immo. Sur son site, la plateforme revendique « 35 projets livrés » en « 15 mois d’activité », ce qui semble peu cohérent. Et n’a donc pas le moindre agrément. Ce qui n’empêche visiblement pas Day One de trouver le risque plutôt faible.

Extrait du drop Stoniz

Puis arrive la possibilité d’investir dans le pré-IPO de Kraken pour 39$ l’action à 10G$ de valorisation, à partir de 1’000€. Des conditions, datées de l’été 2025, effectivement avantageuses, puisqu’en novembre dernier, Citadel Securities est apparu à la captable de Kraken lors d’un tour à 800M$ pour 20G$ de valo. Mais qui ne dit, en réalité, pas grand-chose des conditions d’entrée réelles des membres de Day One, tellement les pactes d’associés et les SPV intermédiaires sont complexes et nombreux. Mais qui pose néanmoins la question de l’intermédiaire qui structure ces 300k€ levés, contre 8% de frais upfront et 15% de carried, puisque Day One n’a aucun agrément. Et qui ressemble à ces deals qu’on avait vus sur le club d’Hakim Benotmane, qui financent le plus souvent la liquidité de gros véhicules.

Extrait du drop Kraken

L’opportunité, qui, semblerait-il, n’est pas allée au bout, a néanmoins provoqué quelques remous dans la communauté, qui doutait des conditions d’entrées. Et qui remettait au passage l’intérêt du carried, point qui a été soulevé par plusieurs professionnels récemment, concernant ces nouveaux clubs qui vendent du private equity de grosse startup. Parce que le carried récompense un risque et une gestion. Il semble nettement moins justifié lorsqu’il s’agit de deal structuré via des SPV de SPV (etc.) dont l’intermédiaire ne maîtrise aucunement la chaîne de valeur ou la gestion.

Extrait du Discord de Day One

Plus étonnant, le drop suivant propose du 10% / an avec capital garanti pour investir… dans la musique via Dibsteur. Et qui pose quelques questions.

Parce que Dibsteur n’est pas une plateforme de royalties, comme il en existe parfois, ni de tokenisation de droits ou de catalogues. C’est une plateforme qui permet aux artistes de diffuser leurs titres pour 40€ / mois sur les plateformes comme Spotify, YouTube ou Deezer, et de récupérer 100% de leurs royalties.

La présentation, elle, raconte plutôt l’histoire habituelle : comment la musique et les droits d’auteurs génèrent de l’argent. Parce qu’il est bien question ici d’« investir dans des chansons ». Et qui dans la formulation ressemble à ANote ou Bolero, qui sont d’ailleurs cités.

Le modèle présenté ne semble donc pas être celui de Dibsteur, mais plutôt de financer les avances de production contre un droit sur les royalties.

Extrait du drop Dibsteur

Un modèle qui n’est donc pas initialement celui de Dibsteur, mais qui, surtout, va à l’encontre des positions AMF sur le sujet, qui veut drastiquement limiter les royalties, parce que c’est très opaque et très risqué pour les investisseurs. Le régulateur avait pris une position très ferme fin 2022 suite aux débordements de Bricks4.

Là encore, le risque est estimé comme très faible, et le capital est dit garanti, contre 10% / an.

Encore plus exotique, le drop suivant propose… un investissement en cartes Pokémon. Et ici on affiche carrément du 48% / an pour un SPV qui va visiblement investir dans un portefeuille de cartes, géré par Thunder5.

Une plateforme dont la page « mentions légales » ne fonctionne pas, qui ne remonte sur aucun des registres d’agrément, mais dont la description du site internet semble parler de gestion pour compte de tiers.

Extrait du site de Thunder

EDIT 09/12/2025 16h22 : à la demande de Thunder, il est précisé que le deal n’est pas une « exemption » de prospectus et « qu’il n’y a aucune obligation de prospectus dans le modèle de Thunder, et sur cette opération », que le DIS accompagnant l’opération n’est que de la « pédagogie ».

Et que l’opération consiste en un « SPV (max 150) », pour lequel Thunder fera « une seule émission d’obligation ».

La société explique que le deal est fait « sous forme d’obligations » et que le fait que « Day One partage un deal à 3 000 personnes ne signifie pas que [Thunder émette] 3 000 obligations ».

Le drop permet de passer de 2% à 0% d’upfront en fonction du montant investi, et de réduire le carried de 25% à 12%. Tout ça pour un risque évidemment modéré.

Suit une offre DeFi, là encore occultant l’intégralité des risques alors que Mon Livret C vient de paumer des millions d’euros, précisément à cause de la DeFi, en toute discrétion, après avoir très largement minoré les risques. Le dossier est cette fois associé à Gami Capital, un acteur suisse visiblement non régulé, mais via Tilvest, enregistré PSAN en France6.

Enfin, le 8e et dernier en date promeut l’investissement à Dubaï via Invest Dubai, société qui ressemble à une coquille vide et dont la page « Who We Are » ne donne aucun indice, mais qui appartient en réalité à Greenbull, dont la personnalité la plus connue est le formateur Yann Darwin, qui a fait fortune dans la vente de formations immo. Là encore, pour 10-20% de rendement (35% d’objectif), le risque serait « très faible ».

Cette communication ultra-agressive sur les risques et les rendements est d’ailleurs une constante depuis le lancement de Day One, comme le montre cet e-mail envoyé quelques jours avant l’annonce officielle.

Interrogé à l’époque sur ce poi,t, Éric Larchevêque m’avait répondu, sur le bulletpoint 10-15%/Livret A :

« Cette formulation est effectivement très malheureuse et n’aurait jamais du passer en relecture. J’en suis le premier responsable et j’assume cette erreur. Cependant, après l’avoir constatée, nous avons supprimé le texte de nos communications (impossible dans l’email qui était parti...) et nous avons revu nos process internes pour éviter que cette erreur puisse se reproduire. D’autre part, nous n’avons jamais présenté la moindre offre réelles à nos membres avec ce type de terminologie inexacte, et l’ensemble des risques sont explicités en détails à chaque fois. »

Une communication qui montre d’ailleurs que dès le lancement, Day One voulait bien proposer du private equity.