À l'aube de l'année 2019, un débat fondamental commence à animer les fondateurs. D'un côté, Antoine Fichet, fervent défenseur d'une production intégralement française, pour qui l'impact social représente la raison d'être de l'entreprise. De l'autre, Damian Py, plus pragmatique, qui considère qu'une entreprise doit d'abord être économiquement viable pour créer de l'emploi durable.
Cette tension idéologique se confronte à une réalité économique implacable :
Au cœur de cette différence : le coût de la main-d'œuvre. En France, une heure de travail chargée coûte entre 20 et 30€, contre seulement 2 à 4€ en Chine. Cependant, contrairement aux idées reçues, ce différentiel ne rend pas la production française irrémédiablement non compétitive - le surcoût réel se situe entre 30-50%, et non 200-300% comme souvent imaginé, et il dépend de l’intervention humaine nécessaire.
Fan de Tesla, Damian Py cite la marque auto pour optimiser sa production : une conception intégrée avec un châssis monobloc réduisant le nombre de pièces et le temps d'assemblage. Pour un mini lave-vaisselle Bob, le temps de main-d'œuvre a ainsi été réduit à seulement 32 minutes par unité, limitant l'impact du différentiel salarial.
Mais le modèle économique de l'électroménager complique davantage l'équation. Parce qu’historiquement ce type d’équipement est surtout vendu en grandes surfaces ou dans les magasins spécialisés, ce qui nécessite d’avoir une marge confortable pour que la distributeur puisse manger aussi.
L'impact sur la rentabilité est drastique :
Cette différence de rentabilité, multipliée par des milliers d'unités, illustre l'ampleur du défi économique que représente le choix d'une production française.
C’est d’ailleurs pour ça que Daan opte initialement pour un modèle de distribution D2C3, à l'image des DNVB4. En se passant des distributeurs traditionnels et de leur marge de 30 à 40%, l'entreprise peut utiliser ce delta dans ses propres canaux de distribution, son marketing et son service client.
Un modèle là encore inspiré de Tesla, qui s’est lancé en vendant directement ses véhicules sans passer par des concessionnaires, maximisant ainsi ses marges tout en contrôlant l'expérience client de bout en bout.
Mais l’approche séduit, et afin de lancer sa première vraie production, Daan fait une premier levée de fonds en 2019 auprès de 17 business angels, dont Guillaume Lestrade, cofondateur de Meero. Actionnaire majoritaire avec 55%, Py descend à 40% et les BA montent à 27%, et 640K€ sont levés.
C’est cette levée qui permet l’arrivée à Cugand et l’ouverture de cette usine de 2 600m² qui devient le symbole d'une ambition : démontrer la viabilité d'une production électroménagère française alors que le secteur est massivement fragilisé par les délocalisations.
Le défi reste entier : prouver que ce modèle est viable sur le long terme, dans un marché dominé par des géants internationaux aux chaînes de production globalisées.