Si l’histoire artificielle de Dexia commence en 1996 lorsque le Crédit communal de Belgique fusionne avec le Crédit local de France, elle est surtout l’héritage de l’ex-banque belge.
Créé en 1860, le CCB avait pour mission de financer les investissements des communes belges, elles-mêmes actionnaires de la structure. Chaque emprunteur devait souscrire pour au moins 5% du montant de son emprunt en action.
C’est seulement à l’après-guerre que la banque s’ouvre au grand public pour récolter des dépôts, et donc augmenter sa capacité de financement.
Dans les années 90, le CCB ouvre Cregeme, une filiale de gestion de fortune au Luxembourg, avant de racheter 25% de la Banque internationale à Luxembourg, plus gros établissement de l’époque. Avant de devenir rapidement majoritaire.
La fusion avec le CLF s’inscrit dans cette volonté d’internationalisation.
Beaucoup plus récent, le CLF était également un établissement public avec la même mission, géré par la Caisse des dépôts. Quand CCB attaquait le Luxembourg, CLF ouvrait des bureaux à Londres, Rome, Madrid ou encore New York.
Après une longue série de privatisations d’entreprises financières sous Chirac, alors 1er ministre de Mitterrand (Paribas, Société Générale, MGF etc.), Rocard allonge la liste. Juste après Renault, la France ouvre 49% du capital du CLF. Ce que viendra terminer Cresson l’année suivante, juste après el-famoso privatisation d’Elf Aquitaine.
Après 5 années à se faire des rencards et des bisous, CCB et CLF se marient et donnent naissance au petit Dexia.
Félicitations aux parents.
Rapidement Dexia multiplie les investissements dans des banques à destination des collectivités. Avec Crediop (Italie) en 1997 puis Financial Security Assurance (USA) en 2000.
Dexia fait comme tout le monde et s’ouvre à la gestion d’actifs, à l’assurance et à à peu près tout ce qui rapporte du pognon et qu’une institution financière peut faire.
Le problème, c’est que ces ajouts à foison et ces changements de métier ont fini par rendre le groupe plus fragile.
C’est d’ailleurs pour ça qu’en 2004, Dexia cherche à racheter l’italien Sanpaolo IMI, puis le belge Fortis en 2005 : avoir plus de dépôts, et donc soutenir son activité de crédit.
Parce que Dexia a de fortes ambitions : entre 2005 et 2007, son portefeuille obligataire augmente de 53%, passant de 106 à 162mds€.
Mais cette croissance crée un déséquilibre, parce que les collectivités à qui elle prête le font sur le long terme, rendant Dexia très peu liquide.