Certes, il serait de mauvaise foi d’expliquer que ce rapport est un torchon et qu’il n’y a rien à garder. Mais on peut s’étonner de la piètre qualité de ce qui y est écrit et des banalités racontées à l’intérieur. On est très loin de la technicité et de la précision des rapports Mattei / Sansu sur la fiscalité29, ceux de Courson sur l’immobilier ou la fiscalité, ou encore les analyses détaillées la Cour des comptes ou Conseil des prélèvements obligatoires. Ou même celui sur la politique immobilière de l’État, co-signé par le même député Jolivet30. Pourtant, c’est bien ce qu’on attend de ce type de publication, payées par l’argent de l’État.
Mais être passé complètement à côté du sujet de l’épargne réglementée d’un côté, et promouvoir à ce point les intérêts de certains acteurs est étrange.
Parce que les rapporteurs se positionnent très clairement vers des positions arrangeantes pour les gérants d’épargne. Quand il est question des dépôts à vues, Tanguy écrit clairement, à la troisième personne :
« Les données de la Banque de France conduisent le rapporteur Jean-Philippe Tanguy à considérer qu’une grande partie de cette épargne devrait être placée dans d’autres produits. »
Il explique ensuite que les ménages pensent que cet argent est protégé en « « dormant à la banque » alors qu’elle subit de plein fouet l’érosion monétaire. », c’est qui est l’argumentation classique et quotidienne de tous les vendeurs de produits et autres éducateurs financiers.
Est-ce que c’est faux ? Pas entièrement. Mais on peut s’étonner que le rapporteur explique d’abord que l’épargne garantie devrait protéger de l’inflation… avant de dire que finalement elle devrait être placée ailleurs.
D’autant que le rapport le justifie avec ce que tout le monde savait déjà : les riches placent plus sur les produits risqués. Ce qu’élude complètement le rapport, c’est que les plus riches ont aussi accès à des meilleurs produits.
En faisant la promo du PE éclaté ou autres SCPI bancaires qui battent à peine l’inflation, le rapport oublie un peu que les classes moyennes dont il parle, n’ont pas accès aux produits les plus performants. Il oublie que quand on parle de de chiffres moyens d’une classe d’actif, ceux du retail en est toujours très loin, parce que les montants investis ne leur permettent pas d’accéder aux meilleurs placements, et ils se retrouvent massivement avec des produits peu performants et très chargés. En plus d’avoir une peur panique du risque due à une méconnaissance de ce que doit être une bonne allocation, en fonction de son horizon d’investissement, et donc ses objectifs.
Parce qu’in fine, ça devrait être ça qu’aurait peut-être du aborder le rapport. Et quelque part, Tanguy et Jolivet font exactement ce qu’ils prétendent dénoncer. Ils parlent de la solution, qu’est le Livret A (et ses copains) sans jamais se poser la question du problème initial.
Le rôle du Livret A n’a jamais été de fournir un investissement rentable et garantie. Et l’inversement pour les produits risqués. L’épargne garantie a pour but, et c’est quasi-unique dans le monde, de rémunéré les petites liquidités, en échange d’un taux qui couvre à peu presque l’inflation tout en finançant des projets d’intérêt commun.
La mise en place est discutable. Mais encore faut-il savoir de quoi on discute.
Quant à la question de savoir qui défend les épargnants français, la réponse n’est pas dans le rapport parlementaire. La réponse n’est pas non plus le député Tanguy. Ce n’est pas non plus la litanie de gérants, assureurs et autres intermédiaires entendus dans le cadre du rapport.
Le législateur explique que ça devrait être l’AMF, l’ACPR, la CNIL et la DGCCRF, qui répondent eux-mêmes à leurs petits copains européens. Mais l’effondrement du crowdfunding, pour ne citer qu’un cas régulièrement couvert ici, montre à quel point la réglementation n’a pas été pensée pour les épargnants.
Mais est-ce que Tanguy et Jolivet ont déjà lu un DICI ou un prospectus, pourtant censés protéger les épargnants ?
Ce qu’on sait par contre, c’est que l’État, via l’Institut national de la consommation, va vendre 60 Millions de Consommateurs, qui risque de devenir un déversoir à pub comme tous les titres rachetés par Křetínský ces dernières années.
Ce qu’on sait également, c’est que l’État, via La Caisse des dépôts et consignations va cesser les activités de Novethic, sauf à ce qu’un repreneur se pointe.31
Ce qu’on ne sait toujours pas après avoir lu ce rapport, c’est qui va vraiment protéger les épargants.
Interrogé par e-mail, Jean-Philippe Tanguy n’a pas répondu.
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