Et forcément, quand on parle de taper dans l’épargne des ménages, y’a un terme auquel on n’échappe plus depuis 2 ans : private equity.
L’histoire a lourdement débuté, elle aussi, en commission des finances du Sénat en 2023, lors du vote de la loi Industrie verte. En première lecture, les sénatrices Christine Lavarde (LR) et Paoli-Gagin (Horizons) font adopter des amendements24 à l’article 17 pour obliger l’intégration de non coté dans le PER. Selon mes informations, recoupées par un collaborateur de sénateur, l’amendement venait d’une discussion entre plusieurs sénateurs et députés et l’AFG. Le changement est tellement anecdotique qu’il ne fera même pas l’objet de débat. Selon ce même collaborateur, en réalité la plupart des intervenants en commission n’auraient même pas compris la réalité derrière ce petit changement censé « financer l’économie réelle ». Bien que la loi ait été promulguée fin 2023, il aura fallu attendre l’été 2024 pour que l’arrêté ministériel d’application25 du désormais article 35 oblige les épargnants à investir une partie de leurs versements dans des actifs non cotés, dont le PE26. Et octobre 2024 avant que tout le monde n’en parle vraiment. En gros27, ça ressemble à ça :
La grosse différence, c’est qu’un fonds en euros, c’est 0,5-1,5% de frais, quand une UC peut monter à 2% et qu’en PE on arrive sans soucis à 2,5%, et les frais d’entrée sont rarement gratos.
L’autre effet de bord, c’est que le terme est vague. Et que comme pour le 150-0 B ter, on finit par trouver un peu tout et n’importe quoi éligible. Y compris du PE immobilier. C’est comme ça qu’on est en train d’assister à un fonds PE créé par un des plus gros gérants français, qui va racheter des actifs en déperdition d’un de ses autres fonds immos (et permettre un peu de liquidité, sans doute). Et ces actifs toxiques dont personne ne veut, vont se retrouver au fin fond(s) d’un PER d’investisseurs particuliers qui n’auront rien demandé à personne…
Parce qu’on a demandé aux gérants et aux assureurs de faire du private equity. Pas de le faire bien.
Tout ça parce que, et c’est encore un chiffre qui circule massivement sur les slides, le PE ça fait 13 à 14% de rendement annuel en moyenne. El famoso en moyenne. Parce qu’un peu après la sortie de l’histoire, j’avais analysé plusieurs centaines de FCPI et constaté les statistiques absolument atroces de ces véhicules, dont la performance ne tient qu’à la ristourne fiscale. Et je ne parle même pas des innombrables plateformes de crowdequity qui communiquent toutes sur ces mêmes chiffres alors que selon les premières estimations, sur la base de 30 à 60% des deals en cours ou terminés sur les plateformes, la performance moyenne serait négative pour une grande majorité d’acteurs.
Et selon un collaborateur de l’Assemblée nationale, il s’est passé à peu près la même chose pour ce rapport. Les professionnels ont lourdement insisté, notamment auprès de Tanguy, sur le fait que les plus pauvres n’investissaient jamais en action, et qu’il fallait attendre le 6e décile28 pour dépasser 15% du patrimoine. Ce qui l’amène à écrire, sans jamais expliquer la problématique des moyennes, ou du fait que, comme le dit l’AMF, les performances passées ne présagent pas des performances futures :
« À long terme, les actions constituent donc le placement le plus rentable. »
Raisonnement qu’il continue pour le PE :
« L’accès des ménages français aux produits de private equity est freiné par différents facteurs, en premier lieu par la méconnaissance générale de cette classe d’actifs et de son fonctionnement technique, ainsi que le montant élevé des « tickets d’entrée » »
Sans la moindre mention d’un quelconque chiffre sur les FCPI (ni sur les performances, ni sur les couts) et encore moins sur toutes les plateformes de crowdequity qui ont (selon elles) démocratisé l’accès à la classe d’actif.
Et donc de conclure qu’il faut coller du PE dans toutes les assurances-vie. Et ça fera des Chocapic.