Depuis le début des débats sur le PLF, il a été question à de nombreuses reprises des aides aux entreprises startups. S’il n’est pas question de dire que l’écosystème startup n’a aucun intérêt, ou que l’État n’a pas à y coller un seul euro, il serait bon de se poser la question de l’argent public.
Il y a quelques semaines, j’ai parlé des centaines de millions d’argent public cramés dans Ynsect. On m’a souvent dit que je ne comprenais rien. Qu’on ne finançait pas les capex d’une industrie de la même façon qu’un SaaS. Et que finalement tout était normal.
Mais je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas financer Ynsect.
Je n’ai jamais dit que cette boîte était un non sens.
Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas un euro d’argent public.
J’ai posé la question du montant d’argent public dépensé (des centaines de millions) et du peu de suivi et de résultats exigés en contrepartie.
Personne ne peut dire qu’un projet va réussir à 100%, sinon les capitaux afflueraient. Et le rôle de l’État est, dans un pays à tendance néo-libéral comme le nôtre, de venir en soutien des activités plus ou moins critiques.
Donc oui, financer des technologies de rupture comme l’IA, qui pourrait amener le pays à passer à côté d’une nouvelle révolution type internet, ou d’une alternative plus durable et à vision long-termiste de l’alimentation n’est pas un non-sens absolu.
Mais l’argent public reste un bien commun, donc l’efficacité doit être mesurée, et donc les chiffres devraient être publics. C’est d’ailleurs la loi, même si, comme je l’expliquais la semaine dernière, c’est un enfer à obtenir.
Depuis quelques semaines je vois Midy et ses disciples s’attacher aux avantages fiscaux. C’est d’ailleurs un peu amusant et ironique de voir un écosystème majoritaire à droite et libéral demander constamment l’intervention de l’Etat. J’entends bien que certaines entreprises dépendent de ça.
Mais ce fameux JEI que veut sauver le soldat Midy, qu’a t’il vraiment apporté ? Là encore, j’entends les exemples qui viennent raconter de belles histoires. Mais là encore, encore, un rapport de la Cour des comptes et de l’INSEE17 montre une toute autre histoire après 17 ans d’existence, parlant d’un bénéfice sur l’emploi dans seulement 16% des cas, et après 2 ans d’existence.
Loin de moi l’idée de dire que tout serait mauvais, on ne peut pas dire que l’argent public est bien employé uniquement parce que, bon, comme ça, de loin, ça a l’air cool.
L’innovation est essentielle pour l’avenir et notre quotidien. Mais le gros des entreprises françaises restent des PME qui, sans innover, font tourner la société. C’est elles qui subissent de moins fouet l’inflation, la hausse des couts de l’électricité, et qui peuvent être déstabilisées massivement par des hausses de charges ou de salaire.
Il ne s’agit pas de dire qu’il y aurait les bonnes ou les mauvaises entreprises. Les utiles et les autres. Mais l’effet de loupe considérable que provoquent les articles, les levées de fonds, les licornes et autres bullshiteries médiatiques qui permettent aux élus de se faire mousser, font oublier l’essentiel.
A ceux qui m’expliquent que j’ai rien compris quand je parle de la non rentabilité d’Ynsect (qui sont en réalité ceux qui se sont arrêté au titre, certes un peu provocateur) je répondrais qu’évidemment, on ne trouve pas la rentabilité d’un site industriel en quelques années. Mais quand je lis que la rentabilité n’est pas une priorité pour une startup, ou que je vois des dirigeants expliquant devant un tribunal de commerce qu’une startup n’est pas une entreprise comme une autre (spoiler : ça se passe toujours mal) je m’interroge sur la capacité d’une partie (médiatique) de la French Tech à se construire dans la durée.
Pourquoi un SaaS, dont les levées ne servent qu’à financer sa croissance, et donc filer du pognon à Google et Meta, devrait bénéficier d’autant d’argent public, directement ou indirectement ? Pourquoi les boulangeries, les installateurs informatiques ou les entreprises de nettoyage n’auraient pas le droit aux mêmes avantages.
Ou plus, clairement : est-ce qu’on n’est pas juste en train de coller l’étiquette startup à tout ce qui a trois plantes vertes, des pulls avec un joli logo et un baby foot, uniquement pour pécho des avantages fiscaux ?
Je m’appelle Benjamin Charles, et je fais du conseil en branding, positionnement et création de contenus pour des entreprises de la finance, de l’immobilier et du web3.
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