Comme la plupart des startups, Feed. n’a jamais déposé ses comptes. Comme la plupart des startups, ça n’empêche pas Feed. de communiquer sur des chiffres.
À l’été 2017, alors que l’entreprise existe depuis un an, l’entreprise est déclarée rentable par Anthony Bourbon3.
« Notre [?] est déjà rentable et réalisera cette année plus de deux millions d'euros de chiffre d'affaires. »
Note : il manque un mot, mais c’est probablement entreprise.
Dans la même interview, Bourbon fanfaronne :
« Je leur ai dit [note : aux investisseurs] qu'on n’était pas là pour faire seulement 10M€ mais plutôt 100 voire 200. […] J'étais persuadé de l'intérêt de ce nom à dimension internationale, car la France ne représente qu'un seul marché. »
Sauf que selon mes informations, même les 10M€ d’ont jamais été atteints.
Mais revenons un peu en arrière.
Quelques mois après avoir lancé Feed., Anthony Bourbon rejoint le startup studio Senseii, qui pose 500K€ début 2017 selon l’interview. 310K€ selon mes informations, sur une valo post-money de 1,2M€, qui laisse à Bourbon 75% du capital.
Mais effectivement le studio va remettre un peu moins de 200K€ courant 2017 lors de la première vraie levée de Feed, pour 3M€.
C’est le milliardaire fondateur de Smartbox Pierre-Edouard Stérin qui lead le tour avec ses 2,3M€ pour 18% post émission (10,4% en participation4) du capital : 12,5% via sa holding personnelle, et 5,4% via le fonds Consumer d’Otium sur une valo autour de 22M€. Senseii conserve un peu moins de 20%, Bourbon un peu plus de 50%. Le tour est complété par une obscure société chypriote (200K€), puis par Kima (150K€), puis quelques business angels, dont Antoine Martin et Alexis Bonillo (ex-Zenly, tout juste vendu à Snap Inc.) qui mettent 100K€ chacun, puis Antoine Fine, partner chez Otium, qui investit à titre perso dans plusieurs investisseurs de Costumer (Kids Empire, Oh My Cream!, Merci Handy, Polène etc.), et Camille Kriebitzsch, également chez Otium. Les deux finiront par quitter Stérin en 2018 pour créer le VC Eutopia… où Stérin posera 200K€ au lancement. En réalité Eutopia est la suite d’Otium Brands.
Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, Soylent lève 50M$.
Dès 2017-2018, c'est l'explosion des saveurs : chocolat, vanille, tomates-provençales. Plus de 55 recettes en quelques années. Des barres « brownie chocolat », des poudres saveur légumes qu’on retrouve déjà chez Monoprix et Franprix.
Le tournant ? L'arrivée de Thierry Marx au printemps 2018. Le chef doublement étoilé entrerait5 au capital et co-développe une ligne 100% bio lancée en juin. Feed by Thierry Marx : des barres et poudres bio avec le savoir-faire du grand chef. L'objectif était de réconcilier les sceptiques avec la smart food, selon les termes de l’entreprise.
2017 ne sera pas une mauvaise année pour Feed. : l’argent frais lui permet d’accélérer la production et surtout la distribution. D’autant que le marketing agressif et percutant d’Anthony Bourbon marche bien sur la cible. A l’époque déjà, je me rappelle qu’une partie du Twitter parisien dit influent moquait cet entrepreneur qui expliquait, en gros, qu’un repas c’était du temps perdu, et que lui apportait une solution simple et efficace. Une communication grinçante et provocante qui ne manque pas de faire réagir ceux qui ne seront jamais clients, amplifiant un peu plus le message auprès de ceux qui pourraient l’être. Ce que ne cessera jamais de faire Bourbon. Et que je perpétue ici même.
Au final, Feed. vend pour près de 2,5M€ de barres pour une perte de 764K€.