💥 Zero Bullshit
Chapitre 04

To the moon

Côté finances, Feed. continue sa lancée et finit 2018 à 7,4M€ de CA et 2019 à 9,4M€. Le problème c’est que l’entreprise est très loin d’être rentable. Et que la situation financière devient compliquée.

En 2019, Feed. segmente son offre. Une gamme Sport avec shakers protéinés pour les muscles. Une gamme Light avec des repas à 250 kcal pour ceux qui veulent perdre du poids : pas des barres hypocaloriques de régime, insiste la marque, mais de vrais repas nutritifs en format réduit. Et des snacks sains : barres énergétiques, raw bars, shakes protéinés. C’est désormais 3’500 points de vente qui sont revendiqués par la Feed. à la rentrée 2019, avec notamment Auchan et Intermarché, puis 1’500 de plus à la fin de l’année. Même si la marque continue d’affirmer faire 70% de son volume en ligne, ce qui améliorerait considérablement ses marges.

Mais fin 2018, Feed. a un peu moins de 6M€ en banque. Avec moins de 9,5M€ de CA et plus de 16M€ de charges, la startup ne pourra pas finir l’année 2019. Les investisseurs historiques ne croient en réalité pas à la capacité de Feed. de devenir rentable seul via son site internet, comme l’explique le fondateur (en public, en tout cas) depuis le lancement : ils cherchent à adosser la marque à un groupe. Et c’est finalement PepsiCo qui accepte.

Pourtant, en mai, Anthony Bourbon est invité de Stéphane Soumier sur BFM Business, qui ne tarit pas d’éloge sur l’entrepreneur. Proposant même que Feed. soit dans le Next40 après avoir fait une belle promo, produit en main. Et Bourbon déroule devant le présentateur hilare son histoire habituelle, sur les riches, les grandes écoles et bla-bla-bla, et 1G€ de CA en 5 ans.

« J’ai la chance de venir d’une famille pauvre. »

Mais c’est après que c’est intéressant.

« On parle avec des industriels et on a reçu des propositions de rachat, mais j’aurais jamais du les recevoir dans mon bureau. C’est une perte de temps. Ils sont incapables de se projeter dans l’avenir. Incapables de savoir ce dont a besoin le peuple. »

Soumier sourit, béat.

Sauf que fin 2019, c’est PepsiCo qui permet à Feed. de souffler et de s’afficher à un peu moins de 60M€ pour une levée de 12,2M€. Outre les 4,5M€ de PepsiCo, c’est évidemment sa capacité de distribution qui est recherchée ici. Parce que si la marque est surtout connue pour ses boissons (7Up, Gatorate, Lipton, Soda Stream), son nom date de 1965, date de sa fusion avec Frito-Lay (Cheetos, Doritos, Lay’s). Confiants, Alven remet 3,5M€, ainsi que plusieurs historiques, et quelques nouveaux comme Simon Munir (1M€) magnat monégasque des canassons, Dylan Deschamps, fils de Didier, qui fait d’ailleurs parti des escroqués de The Family, ou encore Guy Stephan (ex-entraîneur adjoint de l’équipe de France) et Colomb Investment. Un trio qu’on retrouvera régulièrement dans les deals de Blast ou d’Anthony Bourbon. Dont on reparlera un jour.

Mais en réalité, cette pseudo-série B n’est qu’un bridge qui permet de donner de l’air et de donner du temps à tout le monde pour préparer la vraie série B prévue au sortir de l’hiver… en plein Covid. L’idée étant de lever 16M€ supplémentaires, sur une valo de 85M€, afin de permettre l’expansion de Feed.

L’année suivante PepsiCo est d’ailleurs devenu l’actionnaire de référence d’AirUp, aux côtés du VC allemand Frank Thelen, qui est l’une des figures de Shark Tank en Allemagne, connu en France sous le nom Qui veut être mon associé ? La marque a également investi dans True Health (laits alternatifs) et avait racheté la marque de kombucha KeVita pour 200M€ et les barres Health Warrior pour 11M€. Une activité « largement rentable », selon un cadre de PepsiCo.