Parce qu'en réalité, Frédéric Merlin et ses sociétés doivent beaucoup, à plein de gens. Y compris à des particuliers via une ligne ClubFunding qu'il a plantée, et qui sera le sujet de la prochaine édition. Jusqu'à Quimper, où Armor-Lux fabrique des marinières depuis 1938. La maison a fourni le BHV pendant 25 ans. Son président, Jean-Guy Le Floch reste amer47 :
« Le BHV, pour nous, c'était un client important, qui a porté la marque Armor-Lux pendant 20, 25 ans. Il est hors de question que nous retournions au BHV un jour, sauf si l'actionnariat change. »
Il attend toujours ses 429K€. Pas l'impayé d'une boîte qui commande des fournitures et n'a plus de quoi les régler. Ça arrive. Non. 429K€ d'une maison qui a vendu ses marinières aux clients du magasin, encaissé l'argent, encaissé les loyers variables du corner, gardé ses 15 à 40% du CA HT avec minimum garanti. Puis gardé le reste. Ou plutôt, l'a fait remonter dans un montage qui n'avait rien à voir avec elle.
L'actionnariat a changé depuis, et PayFlow permet à certaines marques d'encaisser tout de suite, commission déduite. Mais les commerçants interrogés, les petits comme les gros, ceux qui sont partis comme ceux qui sont restés, disent la même chose. Le BHV est mort.
Dans le magasin, 2 jours avant la cession, l'intersyndicale donne ses chiffres : un samedi maintenant c'est 56K€, quand un samedi sous 400K€ était jugé catastrophique avant la reprise. 10 jours plus tôt, un autre représentant syndical situait la recette quotidienne entre 25 et 40K€, là où un dimanche du temps des Galeries Lafayette approchait le million57. Ils étaient 1'064 salariés fin 2023, ils sont 684, et 200 à 250 départs sont annoncés. En avril 2025, en nommant Cottendin, le groupe promettait de maîtriser les frais généraux et les frais de personnel « sans aucun plan social, conformément aux engagements du groupe ». Une représentante syndicale appelle ça un plan social sans plan social. Un salarié en visio corrige entre sourire et désespoir : « il n'y a surtout pas de plan du tout ».
Au sous-sol, la quincaillerie a été ramenée à 2'800m². Une partie des tiroirs a disparu derrière des panneaux noirs qui annoncent une réinvention. À la rentrée, une halle alimentaire de 1'100m² doit ouvrir à côté : des étals, des producteurs, un marché de quartier.
C'est le niveau le plus bas du bâtiment, celui où Ruel a ajouté la quincaillerie à la bonneterie en 1860, et celui que Duchamp indiquait à qui lui demandait comment remplacer l'original perdu. Il suffisait d'en racheter un.
Mais tout ne s'achète pas.