Revenons une dernière fois au 17 juin 2026, et aux 5'286. Le record, tout le monde l'a retenu. Mais l'histoire, c'est ce qu'ils sont devenus en cliquant. Pas des investisseurs, personne ici n'a lu les comptes ni négocié. Pas des donateurs, un donateur sait qu'il ne reverra pas son argent. Pas des clients, une action ne se consomme pas. Une figure nouvelle, et plus pauvre que les trois, quelqu'un qui porte le risque d'un capital-risqueur sans un seul de ses outils.
Et rien, là-dedans, n'est illégal. Quand Bricks a vendu des royalties à des particuliers, l'AMF est intervenue et a posé une limite47. Quand une boîte vend son equity à sa communauté via une plateforme agréée, l'asymétrie reste permise, la dataroom pour le fonds, la plaquette pour la foule, le prix fixé par le vendeur. Le fait que des boîtes, pourtant régulées, n'aient jamais songé à déposer leurs comptes au greffe est visiblement un délit parfaitement légal. Le régulateur sait agir. Ici, il décide de laisser faire. Et, encore une fois, l'histoire dépasse très largement l'exemple de Green-Got.
C'est d'ailleurs ce qui arrive à chaque fois que tu entends retailisation (si c'est un mec en costard qui parle) ou démocratisation (si c'est un mec en sweat avec son logo dessus). La même histoire se répète. Toujours.
Les riches, les banquiers ouin ouin. Ils ont accès à ci. Ils te cachent ça.
Et moi je vais te permettre de etc.
La réalité cache, en pagaille, des conditions différentes, des produits qui n'ont rien à voir, les chutes du Niagara de frais, et autres joyeusetés planquées dans un PDF à 43 clics de la homepage.
La réalité c'est que le gros gérant, il a pas envie de s'emmerder à avoir 50'000 investisseurs quand il peut en avoir que 1'000. Donc au mieux, c'est une part d'un fonds qui est collée dans un fonds (ou tokenisée, comme on dit maintenant) blindax de frais. Ou sinon le retail sert carrément de liquidité aux instits ou aux initiés.
L'exemple typique c'est le fameux 12,4% par an sur 10 ans qui serait la performance du private equity en moyenne par an. C'est vrai. Un chiffre net de frais et de carried, mesuré par France Invest et EY à fin 202448. Sauf que c'est une moyenne. Qu'en investissant dossier par dossier, tu n'as aucune chance d'être dans la théorie des grands nombres. Les rendements suivent une loi de puissance : environ 60% des startups financées échouent, 5% font l'essentiel du gain, et les lignes qui rendent moins d'une fois la mise perdent 81% en moyenne. Pour espérer capter une gagnante, il faut au minimum plusieurs dizaines de dossiers, 50 à 80 pour un fonds early-stage49. À 1-5K€ le ticket, « diversifier » voudrait donc dire poser 50 à 400K€ par cycle.
Sur 100 startups financées
Combien faut-il pour « diversifier » ?
La théorie marche d'ailleurs aussi pour pas mal de fonds VC, qui sont en réalité des FCPI, classe d'actifs dont la performance moyenne est inférieure à l'inflation, et même carrément négative une fois retiré l'avantage fiscal50.
Mais pour celui qui regarde ça de très loin, celui qui lit de temps à autre Les Échos (alors qu'il ferait bien de lire Zero Bullshit), qui n'a aucune putain d'idée de ce qu'est une SICAV, l'investissement est un truc flou. Pour lequel ses décisions sont influencées par des tas de trucs non rationnels.
Un renard tout mignon.
Le papa, le papa, le papa pingouin.
Ou le souvenir d'un verre dans lequel il pouvait regarder son âge.
Le problème c'est que dans quelques années, la carte en bois pourrait laisser sa place à un chèque en bois.