La réalité, l’Histoire nous la raconte : cette spirale s'auto-alimente. La guerre engendre la dette. La dette impose l'austérité. L'austérité nourrit l'instabilité. Et l'instabilité prépare la prochaine guerre.
En 2022, la guerre a amputé l'économie mondiale de 1,6T$ de croissance , soit l'équivalent du PIB d'un pays du G20 qui s'évapore. En 2023, c'est encore 1000G$ partis en fumée.
L'Europe, traumatisée par l'Ukraine, ressuscite ses vieux réflexes. L'Allemagne a créé un fonds spécial de 100G€ pour réarmer la Bundeswehr, du jamais vu depuis 1945. L'objectif de 2% du PIB pour la défense, longtemps ignoré, devient soudain sacré : 11 pays membres de l'OTAN l'ont dépassé en 2023. Un record. Des États qui peinaient à financer leurs hôpitaux trouvent miraculeusement des milliards pour des chars et des missiles.
Mais les coûts cachés sont peut-être les plus lourds.
Cinq ans après le confinement, nous mesurons tout juste l’impact réel sur la santé mentale ou la scolarité. Alors que penser des conflits armés, voire même de l’impact qu’ils ont dans des pays proches, y compris en France, sur notre sérénité et notre santé mentale ? Un pont, on peut le reconstruire en deux ans. Mais comment reconstruire la confiance d'un peuple traumatisé ? Comment décontaminer une terre empoisonnée ? Comment briser le cercle vicieux qui mène de guerre en guerre ?
Les vraies factures de la guerre, ce sont celles qu'on ne voit pas tout de suite. Celles qui arrivent des années plus tard, quand les caméras sont parties, quand le monde a tourné son regard ailleurs. Et ces factures-là, personne ne sait vraiment qui les paiera.
Parce que les bilans présetnés sont désespérement partiels. Les livres retiennent le nombre de morts. Parfois les blessés, sans qu’on ne comprenne probablement ce qu’est la réalité d’une blessure de guerre. Puis on (moi) chiffre les missiles Patriot à 3,3M$, mais qui comptabilise le coût d'un enfant syrien qui n'ira jamais à l'école ? On évalue la reconstruction de Gaza à 53G$, mais à combien estime-t-on une génération traumatisée ? Les 2443G$ de dépenses militaires mondiales apparaissent dans les statistiques, mais où sont inscrits les 175Mt. de CO₂ relâchés par la guerre en Ukraine dans notre atmosphère déjà suffocante ?
Alors, à quand cette comptabilité totale ? À quand un grand livre où seraient inscrits, en face de chaque profit de guerre, les pertes irrémédiables qu'il a fallu consentir ? Ce jour-là peut-être, devant l'ampleur vertigineuse du passif, comprendrons-nous enfin que la paix n'a pas de prix.
Mais ce grand livre, personne ne veut l'ouvrir. Il ne rapporte rien.