💥 Zero Bullshit
Chapitre 01

L'argent, nerf éternel de la guerre

Imaginez. Un drone iranien Shahed-136 s'approche de Kiev. Prix de revient : 20K€1. Une poignée de billets, à peine le prix d'une voiture d'occasion. Face à lui, un missile américain Patriot PAC-3 construit par Raytheon s'élance dans la nuit ukrainienne. Coût unitaire : 3,3M$. En quelques secondes, l'équivalent de 165 années de SMIC français part en fumée pour intercepter ce qui n'est, au fond, qu'un vulgaire scooter volant bourré d'explosifs.

Un ancien général français résume l’absurdité :

« Quand on tue un Shahed avec un Aster, en réalité c’est le Shahed qui a tué l’Aster »

Cette équation économique résume à elle seule le paradoxe de la guerre moderne. Jamais les conflits n'ont été aussi courts dans leur phase « chaude » : l'invasion de l'Irak en 2003 fut bouclée en trois semaines - mais jamais ils n'ont coûté aussi cher. Les guerres napoléoniennes ont saigné l’Europe pendant deux décennies. L’effort de guerre britannique, par exemple, a coûté environ 831M£, soit l'équivalent de dizaines, voire de centaines de milliards de dollars actuels selon les méthodes de conversion. La Seconde Guerre mondiale ? 4,1T€ en valeur actuelle2. Mais tenez-vous bien3 : en Ukraine, la seule reconstruction est aujourd'hui estimée à 524G€. Et le conflit n'est même pas terminé. Et donc c’était plusieurs centaines de milliards de dollars pour l’Irak. Probablement plus de 6400G$ dans les 20 années suivantes4, partagés entre l’Irak '(800G$5) et la fameuse War On Terror (Irak, Afghanistan, sécurité)6

Prenons un autre exemple tout récent : la guerre éclair de 12 jours entre Israël et l'Iran. Douze petits jours. Le temps de deux semaines de vacances. Résultat ? 12G$ partis en fumée côté israélien. Un milliard par jour de conflit.

Les chiffres donnent le vertige : 550 missiles balistiques iraniens lancés, dont seulement 31 ont touché des zones habitées. Mais ces 31 impacts ont suffi à faire trembler l'économie israélienne. Le Trésor a déjà absorbé 22G ILS7, soit 6,5G$. Et ce n'est que le début.

Car la vraie facture, elle se décompose comme un millefeuille empoisonné. D'abord, 10G ILS pour les opérations militaires proprement dites, c’est-à-dire les avions qui décollent, les chars qui roulent, les réservistes qu'il faut mobiliser. Ensuite, 5G ILS pour les dommages directs des missiles sur les bâtiments et infrastructures. L'Institut Weizmann touché. La raffinerie de Haïfa éventrée. Même la Kirya, le Pentagone  israélien  en plein Tel-Aviv, n'a pas été épargnée.

Mais le plus révélateur, c'est peut-être ce chiffre : entre 10 et 200M$ par jour, rien que pour faire fonctionner les systèmes de défense antimissile. Chaque interception, c’est entre 50K et 3M$ qui s’envolent, une Ferrari par tir, parfois une Bugatti. Et pendant ce temps, 40’000 demandes d'indemnisation s'accumulent sur les bureaux de l'administration fiscale. Des familles ruinées, des entreprises détruites, une économie qui vacille.

Car derrière chaque char qui roule, chaque missile qui décolle, chaque drone qui explose, il y a une facture. Et quelqu'un doit la payer. Souvent on essaye de faire payer le perdant. Et ces dettes de guerre ont la vie dure. Le Royaume-Uni n'a fini de rembourser ses emprunts de la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis qu'en... 20068, soixante ans après la fin du conflit. L'Allemagne, elle, a versé en 2010 ses toutes dernières indemnités du traité de Versailles9. Oui, vous avez bien lu : l'Allemagne payait encore pour la Première Guerre mondiale au XXIe siècle.

Face à l'urgence, les États innovent pour trouver de l’argent. Asphyxiée économiquement dès 2022, l’Ukraine a osé une première : lever 277M$ en war bonds10, des obligations de guerre vendues sur les marchés financiers. Une goutte d'eau face aux besoins, mais symboliquement forte. Même les groupes armés s'adaptent : le Hamas et d'autres organisations terroristes se sont tournés vers les cryptomonnaies pour contourner les sanctions bancaires. Le FBI a saisi 200K€ sur ces portefeuilles numériques en 2023, la pointe émergée d'un iceberg financier souterrain, et qui dépasse largement les cryptos qui jouent un rôle croissant, mais minoritaire.