Etonnamment, quand toutes ces opérations arrivent, Benotmane était censé être parti de sa société à l’époque. Le gérant de la franchise, comme de la plupart des sociétés du groupe, était Guetarni. Un poste qui semble toujours arriver à point nommé pour Benotmane , sauf à considérer que Guetarni est un gros possard.
Ce qui amènent plusieurs conclusions.
- Toutes les entreprises se sont effondrées entre 2016 et 2017 ;
- Guetarni est systématiquement nommé gérant quand la situation comptable devient néfaste.
Et la chute va arriver parce qu’un fournisseur va attaquer les entreprises de Benotmane. Dès juillet 2017, S’IN DESIGN obtient une première condamnation contre FBH pour 57K€32.
Pourtant, il avait reconnu sa dette lors de plusieurs échanges, notamment dans un SMS du 9 février 2017 promettant « un paiement demain », un email du 12 février annonçant un virement, et surtout un email du 19 février où il ne conteste pas la dette.33.
Smart Retail, de son côté, qui a vendu plusieurs emplacements de restaurants, obtient en avril 2018 la condamnation solidaire de trois sociétés du groupe (FBH, NKD France et Groupe H.B Holding) pour 20K€ de factures impayées liées à la recherche de locaux commerciaux pour leurs franchises.34. Là aussi, Benotmane avait reconnu la dette par écrit le 4 mai 2017, sans jamais payer.
C’est précisément cette accumulation de dettes et l’assignation de S’IN DESIGN qui aboutissent à la liquidation de FBH le 13 mars 2019, avec une date de cessation de paiement fixée rétroactivement au 13 septembre 2017.35
Mais les avocats de Benotmane vont tenter un mouv’ très étonnant : changer de nom. FBH va essayer de se renommer KDH et provoquer plusieurs incidents de procédure pour demander des nullités36. Sans succès.
Le tout lié à une gestion opérationnelle catastrophe. Comme le fameux restaurant de Metz où un bail est signé pour un local où jamais un euro de loyer ne sera versé. Et que les travaux ne commenceront jamais, ce que constatera un huissier en février 2022.
Etats des créances après 12 mois
Sur toute la période, le seul crédit qui sera apporté aux relevés de loyer, c’est la gratuité de 7K€ accordée à la signature.
Plus étonnant, le bail est signé au nom de la « société en formation Woky Moky » en octobre 2020. Société qui n’a en réalité jamais été créée.
Fin 2021, Benotmane tentera d’ailleurs de faire céder le bail à une autre société, tout en indiquant qu’il aura les fonds début 2022. Il obtiendra le délai, mais ne paiera jamais.
Alors même qu’il avait déjà pris un engagement sur 20K€ qu’il n’a jamais réglé.
Même histoire à Nice, où c’est la SCPI Patrimmo Commerce de nos amis de Primonial qui expulse un Tacos King après plus de 205K€ de charges et loyers impayés, et après avoir obtenu l’autorisation de saisir 140K€.
Les comptes chez Treezor et Delubac sont saisis, mais il reste à peine 10K€ dessus. D’autant qu’en réalité, TKPF, comme toutes les sociétés de Benotmane, doit des dizaines de milliers d’euros à l’État ou en cotisations sociales.
Créances de TKPF
Créances de Nabastille
Parce que si c’est la procédure d’un fournisseur qui fait tout tomber, les différentes entités croulent sous les impayés de loyers37, de dettes fiscales38, de fournisseurs divers et variés39, de nuisances40 ou de franchisés41.
Lorsque la situation devient hors de contrôle, un avocat est mandaté pour faire un audit et découvre plus d’une cinquantaine de contentieux, avec des bailleurs, des franchisés, des associés, des fournisseurs… et même des avocats.
Notes pour l’avocat qui va être chargé de m’assigner (les autres passez à la suite) :
- Demande à être payé à l'avance, ça t'évitera les problèmes qu'on connu deux de tes confrères ;
- Envoie directement les courriers chez Yoël Abitbol et Yaron Edery, qu'on perde pas de temps ;
- Si c'est pour demander un renvoi à l'audience, fais pas de référé.
Bisous.
Reste que que visiblement, Benotmane n’avait pas envie que ça se sache puisqu’il a passé un long moment à faire anonymiser les pages de ses entreprises via un avocat, bien que Pappers a décidé de faire machine arrière il y a quelques jours.
Extrait d’une page Google
Parce qu’il ne faut surtout pas le dire, parce que ça l’énerve, mais suite à la faillites de HB, Hakim Benotmane et Abdelkader Guetarni ont une peine de faillite personnelle prononcée, pour 7 ans. Et puisque Benotmane joue avec les mots dans plusieurs podcasts, cela veut dire :
Pour la faillite de FBH, Guetarni écopé de 3 ans d’interdiction de gérer, et Benotmane de 10 ans42. Puis encore 7 ans chacun pour la faillite de Distribab.
Ce que reproche le tribunal au duo, c’est que la cessation de paiement de FBH, c’est-à-dire son incapacité à payer ses dettes, est datée du 13 septembre 2017, alors qu’elle n’a été déclarée que le 13 mars 2019. Légalement, un gérant doit le signaler sous 45 jours, sinon il reste personnellement responsable des dettes qui s’ajoutent après cette période.
Le tribunal retient que Benotmane, bénéficiaire effectif, a vendu les parts de la société à sa société mère pour 140K€, en compte d’associé (ce qui écarte une énième fois l’hypothèse d’un rachat externe), et qu’il est donc resté pleinement responsable de la gestion.
Le problème, c’est que quand le dossier arrive en 2019, il y a 466K€ de dettes, soit 338K€ de plus que lors de la cessation de paiement en 2017. D’autant plus gênant que, toujours selon le tribunal, le dernier chiffre d’affaires connu de FBH est de moins de 80K€. Voilà pourquoi ils sont tenus responsables.
Mais pire encore : alors que la boîte est en faillite, trois nouvelles sociétés sont créées pour exploiter les fonds de commerce en laissant mourir les autres, ce qui constitue un détournement d’actif, entre autres magouilles.
Et si, officiellement, Guetarni était le gérant de droit, Benotmane a été reconnu gérant de fait, le juge ayant évidemment compris la petite combine.
Mais Guetarni va aussi prendre :
A chaque fois, le tribunal tentera de démontrer que Benotmane était dirigeant de fait, mais dans les 5 derniers jugements, seul Guetarni a été condamné.
Condamné pour des faits qu’il n’a jamais compris, posé là comme un simple homme de paille.
Parce que la réalité est cruelle. Guetarni est juste un cousin sympa à qui Benotmane a proposé 200€ par mois pour être gérant de ses boîtes, un jour de 2009, contre une signature et sa pièce d’identité. Quelques mois plus tard, Guetarni doit partir en Algérie pour enterrer son père. À son retour, Benotmane lui explique qu’il n’est plus gérant, mais qu’il continuera quand même à percevoir son salaire.
En 2015, Benotmane l’envoie au restaurant de Rambuteau à Paris, et il affirme qu’Hakim lui propose la gérance en 2017, ce que confirme un procès-verbal de la même année. Il restera gérant jusqu’en 2021, peu avant la liquidation. Au total, il dirigera dix-huit sociétés. Toutes liquidées.
Suite aux condamnations en 2023, Guetarni finira par porter plainte contre son cousin pour faux et usage de faux, avec l’aide d’une association de victimes.
Quelques jours avant cette plainte, Benotmane et Issam Benali, qui apparaît sur plusieurs sociétés dont celles au Luxembourg, ont également été condamnés en Belgique à dix ans d’interdiction de gérer une société44, alors même que Benotmane l’avait fait nommer en 2017 pour ne plus apparaître.
Benotmane fait appel pour la procédure FBH45, la Cour n’a pas failli46 :
En conséquence, elle confirme globalement le jugement, tout en admettant que la peine n’est plus proportionnée, et la réduit à six ans.
Hakim Benotmane est donc définitivement condamné à 6 d’interdiction de gestion.
Quant à la structure luxembourgeoise NDM Developpement, est finira liquidée péniblement en 202447.