💥 Zero Bullshit
Chapitre 01

Il était une fois…

L’histoire débute un 10 janvier 1801 dans la petite ville de Crefeld, aujourd’hui orthographiée Krefeld. Ce département français du Roër est l’un des quatre issus de la République cisrhénane, créée en 1797 par le Directoire et annexée 4 ans plus tard. Agnese Kuhnen, originaire de Rhénanie, et Thierry Hermes, aubergiste du coin, donnent naissance à leur sixième enfant, Dietrich.1

La famille protestante s’est réfugiée en Prusse suite aux persécutions, dont j’avais raconté en partie l’histoire à l’occasion de la newsletter sur la banque Courtois.

Quand ses parents meurent en 1821, Dietrich Hermes s’installe à Pont-Audemer, à quelques kilomètres à l’ouest d’Honfleur. À l’époque, la ville est réputée pour son travail des peaux. Il adopte le prénom de son père, Thierry, et francise son nom en mettant un accent. Pendant plus de 15 ans, il apprend le métier de sellier-harnacheur. Après s’être marié en 1828 avec Christine Pétronella Pierrat (catholique), il s’installe à son compte à Paris en 1837. Son entreprise portera son nom : Hermès.

Spécialisé dans l’équitation, Hermès fabrique des harnais et des selles, mais édite également des ouvrages. Thierry installe son atelier 56 rue Basse-du-Rempart, près de la Madeleine, rue aujourd’hui disparue.

Entre-temps, le couple a accueilli son unique fils, Charles Émile, né en 1831, qui reprend progressivement l’affaire familiale. C’est lui qui va commencer la diversification des marchandises, en proposant des articles à la fois pour les cavaliers et pour les chevaux.

Deux ans après la mort de Thierry, Charles Émile déménage l’entreprise au 24 rue du Faubourg Saint-Honoré. La boutique existe toujours, et c’est toujours le siège social de l’entreprise.

Les deux fils de Charles Émile (Adolphe, 1860, et Émile, 1871) entrent à leur tour dans l’entreprise, et prennent la direction commune de la maison qu’ils appellent Hermès Frères. En 1919, Émile rachète les parts de son frère et devient l’unique actionnaire.

Marchant sur les traces de ses ancêtres, il continue la diversification d’Hermès et l’innovation, en étant par exemple le premier à importer la fermeture éclair en France. Souhaitant ouvrir la marque à d’autres horizons qu’aux chevaux, il ouvre la gamme de produits.

Impliqué dans l’Exposition universelle de 1900 dès le début, il occupe plusieurs postes dans l’organisation, et sera nommé commissaire de la section équestre. C’est d’ailleurs quelques semaines avant la fermeture qu’il se marie avec Julie Hollande, issue de la bourgeoisie l’est de la France.

Le couple aura 4 enfants, et c’est là que commence en réalité toute l’histoire qui suit. Parce que les 4 enfants sont des filles, ce qui implique que le nom Hermès va disparaître. Mais surtout, à l’exception de Simone, morte à 18 ans, les filles vont toutes se marier et avoir beaucoup d’enfants.

  • Yvonne se marie avec un notable protestant du sud de la France, Françis Puech, et accouche de 6 enfants ;
  • Jacqueline se marie avec Robert Dumas, fils de pasteur, avec qui elle aura 5 fils ;
  • Aline épouse Jean René Guerrand, parfumeur, et le couple aura 5 enfants, qui porteront le double nom Guerrand-Hermès.

Soit 16 héritiers dont 5 filles, qui elles-mêmes prendront les noms de Bauer, Harth et Momméja pour les Puech, de Seynes pour la fille Dumas, et Siegrist pour la fille Guerrand-Hermès.

De quoi expliquer pourquoi près de 140 personnes aux noms très différents sont aujourd’hui héritiers et actionnaires du groupe.