Si t’as bien suivi, à plusieurs reprises il était question de refinancement. Face à Bricks, Laurent Villa affirme à plusieurs reprises être en train de refinancer des actifs, suivant globalement la trame du reporting envoyé via Tudigo. Son courtier parle notamment d’une opération via « la Banque Cantonale de Genève à hauteur de 3,5M€ pour les actifs Félix Faure et Maupassant qu’il s’est rachetés à lui-même avec la société SAS Félix Maupassant ».
Outre le fait qu’on sait que ces actifs appartiennent en réalité à Chloé Albertini, alors que l’intégralité des communications et négociations sont à son nom, la SAS Félix Maupassant appartient également à Chloé Albertini. Et l’opération porte en réalité sur 5M€, financés en avril… sur Fundimmo.
En avril 2024, la plateforme du groupe Atland met en ligne le projet Faure & Maupassant, qui consiste à financer l’acquisition de 2 biens à Cannes, pour 5M€ sur 12 mois à 11%. Le bien de gauche ne laisse pas beaucoup de doute : comme son nom l’indique, c’est bien l’hôtel particulier des Albertini, rue Maupassant.
Photos publiées par Fundimmo
Quant à celui de droite, il s’agit de deux appartements idéalement situés à Cannes, à un numéro du BeefHouse historique.
Étonnamment, alors que c’est Laurent Villa qui apparaît sur toutes les opérations depuis des années, l’histoire racontée sur Fundimmo diffère. Il s’agit de faire une sorte d’OBO sur Fundimmo, pour des biens qui seraient refinancés par une banque dans un an.
Pour l’occasion, une évaluation de patrimoine est faite pour les deux frangins :
Ce qui inclut donc les deux biens de l’opération :
Ce qui permet de comprendre que ces biens représentent environ la moitié de leur patrimoine.
L’opération consiste donc à racheter les deux biens en dessous de leur prix évalué :
Soit un projet à 5,7M€, pour lequel les Albertini déclarent mettre 700K€, leur permettant de rester au maximum permis des 5M€.
Ensuite, le montage est sacrément étonnant.
Pour sécuriser la transaction, Fundimmo met en place une fiducie sur titre géré par FHBX d’el famoso Hélène Bourbouloux.
Document de Fundimmo envoyé aux investisseurs pour expliquer l’opération
En mai 2024, la transaction de l’hôtel particulier est bouclée pour 4M€. Quant au second bien, la réponse est donnée aux investisseurs de Fundimmo en avril 2025 : la transaction est annulée et les 967K€ associés sont remboursés.
Là où c’est intéressant, c’est que quelques mois plus tard, alors que Laurent Villa est empêtré dans l’histoire de la Capicciola sur Bricks, les deux actifs réapparaissent. Pour cette opération, Laurent Villa est conseillé par Sate, cofondée par trois anciens de ClubFunding.
C’est eux qui contactent le fonds anglais, qui finira par refuser. Puis un fonds sud-africain. Puis une banque suisse. Tout ça pour près de 25M€.
Mais Sate aurait également trouvé un accord avec la banque suisse Reyl Intesa Sanpaolo, prête à refinancer les actifs Félix Faure et Maupassant « qu’il s’est rachetés à lui-même avec la société SAS Félix Maupassant ».
Une banque connue pour avoir abrité les comptes de Jérôme Cahuzac, et dont l’excellent Lukas Hässig d’Inside Paradeplatz a révélé qu’elle avait eu quelques soucis avec la Finma26. Et dont Le Monde a publié des révélations inquiétantes en matière de gestion du blanchiment d’argent27, avant de se voir infliger une plainte par Reyl, tout come Hässig28.
Mais bon : un bien à 6M€ acheté 4M€ pour un OBO financé à 5M€ sur un crowdfunding… qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Eh bien, la réponse arrive en mai 2025 de Fundimmo :
« Compte tenu des informations actuellement en notre possession, nous vous informons qu’aucun remboursement n’aura lieu à l’échéance initialement prévue du 22 mai 2025. »
Oui. Ils sont en défaut sur leur propre OBO, du bien où ils habitent, après tout ça. Dix jours plus tard, faute de règlement, le fiduciaire est contacté pour mettre la pression sur Albertini, qui répond être en refinancement auprès d’Intesa Sanpaolo, et que le dossier passera en comité de crédit en juin 2025.
Mais il se trouve que le petit milieu du crowdfunding est… petit. Quelques dizaines de milliers d’investisseurs, dont quelques centaines d’acharnés qui analysent tous les dossiers. Tudigo est donc rapidement alerté de l’opération et, sous son impulsion, un courrier est envoyé à Fundimmo et à l’AMF. La plateforme, propriété d’Atland, est alertée des « nombreuses procédures collectives impactant M. VILLA », et que l’opération est probablement « falsifiée ».
Personne n’a su me dire où a atterri le courrier, mais il est probable que l’ex-préfet Eugène Poubelle ait joué un rôle important dans cette histoire.
On peut se poser la question de pourquoi cette opération arrive en avril 2024. Si une banque a effectivement donné son accord pour financer les biens, pourquoi était-ce aussi urgent de les envoyer dans une société ?
La réponse est peut-être quelque part en Suisse.