S’il est coutume de dire que personne ne paie de rançon, c’est en réalité toujours une posture, j’en avais déjà parlé ici. La vidéo amène immédiatement les enquêteurs, et les deux négociateurs en charge du dossier, à qualifier les ravisseurs de déterminés. L’autorisation est donc donnée de procéder à un paiement dès le premier jour.
À ce stade, l’enquête n’a pas encore permis de déterminer la raison du choix de la cible, mais la demande de rançon en crypto permet de comprendre un peu les motivations. Peut-être ont-ils cru que tout ça resterait anonyme et qu’ils n’auraient même pas besoin de blanchir les fonds.
Sauf que… quoi qu’on pense de Ledger ou des cryptos, ses fondateurs sont des gens particulièrement brillants, intelligents et experts dans leur domaine. Et notamment Nicolas Bacca, qui a oublié d’être con.
Larchevêque était d’accord pour contribuer, mais n’avait pas de liquidités rapidement disponibles. Un cadre dirigeant de Ledger accepte lui d’envoyer 400 ETH (1,2M€) pour calmer les ravisseurs. Plusieurs autres virements suivront, pour obtenir des preuves de vie, pour un montant total de près de 3M€, selon un proche du dossier, propos confirmés par d’autres19.
Mais Bacca se pose une autre question : comment faire en sorte que les fonds soient envoyés… mais puissent être gelés. Ce qu’il explique longuement à The Big Whale :20
« Mon objectif était de créer un dispositif prêt à être activé pour envoyer simultanément des demandes de gel à toutes les plateformes possibles en quelques minutes, et non en quelques heures. »
Une équipe se constitue autour de Bacca et de Sarah Compani d’Aleph Avocats21. Si le cabinet n’est pas vraiment une référence en matière de pénal, elles (les 3 associées sont des femmes) ont accompagné plusieurs acteurs de la crypto, notamment sur l’enregistrement PSAN, et conseillent notamment Consensys… ou Tether, dont le patron Paolo Ardoino va personnellement intervenir. La communauté SEAL 911 de Security Alliance est de la partie, et une bonne partie des exchanges sont mis dans la boucle. Plusieurs experts blockchain, dont un ex-développeur de SushiSwap, épaulent Bacca dans une boucle Telegram.
Dès le mardi soir, un des wallets des ravisseurs est blacklisté par USDT2223.
Une fois les 400 ETH reçus, la quasi totalité a été swappée en USDT via TrustWallet, plateforme totalement décentralisée, ne demandant pas de KYC. 210K USDT partent alors sur KuCoin, 112K USDT sur Binance, et 640K sur un autre wallet.
Compani, qui avait été alertée en amont par Bacca demande alors le gel aux plateformes. Selon un spécialiste de la conformité, vu les montants il y avait peu de chance que ça passe.
« KuCoin et Binance sont des plateformes avec KYC. Soit ils sont vraiment débiles, soit ils ne connaissent vraiment rien aux cryptos. Ou alors ils sont très malins et ont réussi à hacker des comptes qui ne sont pas à leur nom. »
Après quelques heures, tous ces fonds sont gelés et les commanditaires, particulièrement actifs, ne peuvent plus faire de mouvement. Une partie des fonds sont alors convertis en Solana, via MEXC et FexFloat24. 250 SOL sont alors à nouveau gelés très rapidement, grâce au travail de Compani, en lien direct avec le procureur, qui envoie les réquisitions à la chaîne aux plateformes.
Seuls 40 ETH (122K€) pourront être cashout vers un wallet dont l’activité semble indirectement localisée au Maroc. Quant aux fonds gelés, ils sont à ce stade saisis par la justice dans le cadre de l’enquête.
L’année dernière, Tether avait déjà gelé des fonds volés lors d’un exploit dans Ledger25.