💥 Zero Bullshit
Chapitre 06

Dan Botu

31 ans, Clamart, septembre 2020

Dans la tiédeur d'une soirée de septembre, alors que la ville de Clamart s'apprête à basculer dans la nuit, Dan Botu, 31 ans, effectue l'une de ses dernières livraisons du jour. Son cyclomoteur file sur l'asphalte de l'avenue Charles-de-Gaulle, artère à deux voies qui traverse la commune des Hauts-de-Seine. Comme chaque soir, il arpente les rues de la ville, sac isotherme sur le dos.

Ce mercredi 9 septembre 2020, vers 20 heures, le livreur tente un demi-tour à hauteur du 358 de l'avenue, près de La Poste. Une manœuvre banale dans le quotidien des travailleurs, souvent contraints à l'urgence. Mais cette fois-ci, il perd l’équilibre et tombe de son deux-roues, sur la départementale 306.

Dans la fraction de seconde qui a suivi, un motard, arrivant en sens inverse, n'a pu éviter le corps étendu sur la chaussée. Le choc, d'une violence extrême, a été fatal. Atteint à la tête, Dan n'a pu être réanimé malgré l'intervention rapide des secours. Il meurt officiellement le 11 septembre 2020, deux jours après l'accident.

Les caméras de vidéosurveillance de la ville ont capturé ces instants tragiques, témoins silencieux d’une mort parmi d’autres. Les enquêteurs ont pu établir que ni l'alcool ni les stupéfiants n'étaient en cause dans cet accident. Juste la fatalité d'une chute, le hasard d'une présence au mauvais endroit, au mauvais moment.

Le motard, lui aussi victime de cette tragédie routière, a été hospitalisé avec plusieurs fractures, portant dans sa chair les stigmates de cette rencontre imprévisible.

Derrière l'anonymat de ce « livreur Uber Eats » se cachait Dan Botu, un homme né le 10 octobre 1988, dont la vie s'est brutalement arrêtée à l'âge de 31 ans. Un visage parmi ces milliers de travailleurs qui parcourent quotidiennement nos villes, bravant les conditions météorologiques, le trafic et la fatigue pour assurer un service devenu essentiel dans notre société contemporaine.

Son histoire n'a fait l'objet que de deux articles de presse, quelques lignes à peine dans Ouest-France et Actu Hauts-de-Seine. Un traitement médiatique aussi bref que sa dernière course, reflet de l'anonymat dans lequel ces travailleurs exercent leur métier, même lorsque celui-ci leur coûte la vie.

Dan Botu repose désormais au cimetière du Parc de Clamart. Une sépulture qui redonne un nom, une identité à celui que les médias n'avaient décrit que comme un « livreur à vélo », un « travailleur », effaçant presque son humanité derrière sa fonction.