💥 Zero Bullshit
Épilogue

Chafik Daouadi

45 ans, livreur Deliveroo, Lyon, avril 2023

La nuit du 4 au 5 avril 2023 ressemblait à tant d'autres pour Chafik Daouadi, livreur Deliveroo. Les quais du Rhône, plus précisément le quai Jean-Moulin à hauteur de la rue Gentil, dans le 2e arrondissement de Lyon, étaient son territoire de travail. À cette heure tardive, vers 00h10, les rues moins encombrées permettent des trajets plus rapides, des courses plus nombreuses. Dans l'obscurité, son vélo glissait sur l'asphalte, sa silhouette à peine visible entre les lampadaires.

Né en 1977, Chafik avait 45 ans. Bien que son entreprise individuelle soit officiellement domiciliée dans le 6e arrondissement de Lyon, il était en réalité hébergé à la Cité de Lyon gérée par l'Armée du Salut, témoignage silencieux de la précarité qui touchait sa vie. Devenu auto-entrepreneur dans le secteur de la livraison en juin 2020 selon son immatriculation au registre du commerce, il avait fait de ce métier son gagne-pain quotidien, comme tant d'autres « forcenés du bitume » selon l'expression de Toufik, un autre livreur Deliveroo, encore sous le choc mais pas étonné par ce drame. Sa présence sur les routes lyonnaises cette nuit-là n'était pas le fruit du hasard, mais celui de la nécessité.

C'est sur ces mêmes quais du Rhône qu'il a rencontré son destin. Un choc brutal, soudain. Une collision avec une Mercedes AMG conduite par un Villeurbannais de 32 ans qui circulait en direction du sud. L'automobiliste, qui a déclaré être passé au feu vert, n'a pas vu le cycliste arrivant sur sa gauche et l'a violemment percuté. Chafik était en arrêt cardiorespiratoire à l'arrivée des secours. Malgré 40 minutes de massage cardiaque, il n'a pas pu être réanimé et son décès a été constaté sur les lieux mêmes de l'accident.

Sans papiers sur lui, ce n'est que le lendemain qu'il a été formellement identifié. L'automobiliste, lui, s'est d'abord arrêté après la collision, puis a quitté les lieux avant l'arrivée de la police, garant sa voiture à proximité pour partir à pied. Il s'est finalement présenté aux autorités deux heures plus tard et a été placé en garde à vue, avant d'être déféré en vue d'une ouverture d'information judiciaire. Sans que les suites n’aient pu être connue.