31 ans, Strasbourg, 28 septembre 2021
Dans la lumière d'un mardi de septembre, rue de la Minoterie, le soleil caresse les façades du Port-du-Rhin. Il est 15h10. Romain Lambert enfourche son vélo, le courrier de ses clients soigneusement rangé dans sa sacoche. Ce n'est qu'une course parmi d'autres pour ce fils de Strasbourg, une course comme les milliers d'autres qu'il a effectuées depuis quatre ans. Mais ce sera la dernière.
Le vélo de Romain débouche de l'entrée d'une entreprise. Il ne prend pas la direction de la sortie, emprunte à contresens l'accès à l'entrée, ne marque pas l'arrêt au stop. La Mercedes de Valmir B., lancée à une vitesse excessive, le percute. Le choc est brutal, définitif. Romain meurt sur le coup.
Son sourire s'est éteint ce jour-là, mais ceux qui l'ont connu en gardent l'empreinte lumineuse. Attachant, un brin taquin, généreux de cette bienveillance qui semblait couler en lui comme une évidence. Romain était de ces personnes qui, sans fracas, rendaient le monde meilleur par leur simple présence.
« C'est un boulot qu'il aimait beaucoup faire et il s'entendait bien avec ses patrons, » confie Marine Stieber, sa compagne, les yeux rivés sur ce vide qui, depuis, ne se comble pas3. L'amour du métier, chez Romain, n'était pas une formule creuse. Ancien élève du lycée Ort, ce Strasbourgeois de naissance avait tracé son chemin avec une cohérence qui lui ressemblait.
Après ses débuts chez Deliveroo en 2017, il avait choisi de rejoindre Tomahawk Bike Messenger, l'une de ces rares entreprises qui salarient leurs coursiers. Comme si, dans ce monde de la livraison à deux roues où tout va toujours plus vite, Romain avait cherché à ancrer sa passion dans un cadre plus stable, plus juste peut-être.
Sa générosité ne s'arrêtait pas aux portes de son travail. Il avait participé à la naissance de l'association Les Vélos du cœur, tissant ainsi des fils de solidarité dans le bitume strasbourgeois. Pour Romain, chaque coup de pédale était aussi un acte d'engagement.
Dans la salle d'audience où, presque un an après sa mort, a été jugé le conducteur qui l'a percuté, sa mère a cherché des mots. Comment dire l'absence d'un fils ? Comment décrire ce trou noir qui, soudain, aspire toute la lumière d'une vie ? Dans ses sanglots, on entendait l'écho de cette injustice: jusqu'à ce 28 septembre, aucun cycliste n'avait perdu la vie à Strasbourg cette année-là.
Le tribunal a tranché: 15 mois de prison avec sursis pour Valmir B., reconnu responsable de l'accident à 50%. Romain n'avait pas marqué le stop. L'autre roulait trop vite. Entre ces deux instants d'inattention s'est engouffrée la mort.
Au Port-du-Rhin, à l'endroit où Romain a effectué sa dernière livraison, rien ne signale la tragédie qui s'y est jouée. Les camions continuent de passer, indifférents. Les voitures filent, pressées. Parfois, un cycliste ralentit, comme par intuition.