Comment Luko espérait payer l’échéance d’avril 2023, alors que même son prévisionnel le plus positif ne permettait pas de sortir une telle somme ? Aucune idée.
Selon plusieurs personnes qui ont suivi la négociation très tôt, les obligations convertibles n’ont été proposées que pour rendre le deal acceptable.
Pour rappel, le deal est signé en mars 2022. Tout juste 8 mois plus tard, en novembre, Lazard est mandaté pour trouver des investisseurs ou céder une partie des actifs, notamment en prévision de l’échéance.
Pourtant, Anaxago qui a levé près de 15% du montant de la vente n’était toujours pas au courant des difficultés début 2023 !
Pire : le 3 mars 2023, la plateforme communique auprès de ses investisseurs avec les éléments de langage chiffrés de Luko. Et conclue :
« A ce jour, les conditions de conversion automatique de nos obligations convertibles ne sont donc pas réunies. Dans l’hypothèse où le 1er avril 2023 (date de maturité) les conditions ne seraient toujours pas réunies, alors nous vous consulterons pour décider de la suite à donner à cet investissement, à savoir : soit un remboursement en numéraire qui permettrait de constater une plus value brute de 40%, soit une conversion en actions. »
Comment expliquer qu’Anaxago n’ait pas été capable d’avoir des informations plus concrètes sur la situation ?
Le 17 juin, Anaxago se dit « étonné de la diffusion [d’] informations » « faisant état d'un rachat » « sur les réseaux sociaux ».
Bah les mecs : faites votre boulot non ? Des discussions avaient lieu depuis plusieurs semaines, la procédure de sauvegarde avait été déposée le 31 mai, et l’audience qui a privilégié la vente à Admiral avait eu lieu le… 7 juin !
L’offre d’Admiral avait été formulée le 3 mai !
Le conciliateur de justice indique même que tous les créanciers sont favorables à cette cession, à l’exception de 20% de créanciers bancaires.
D’autant que se pose une autre question : si à peu près tout le monde savait que Luko ne pourrait pas payer, pourquoi le deal Unkle a été accepté, et surtout sans garantie ?
Parce qu’il était évident de Luko ne pourrait pas être rentable. Son seuil de rentabilité est estimé à 120M€ de primes par an, soit 3x ce qu’a collecté Luko en 2022 et qui a permis un CA de 4M€. Des chiffres là encore contestés, mais que je maintiens.
Parmi les filiales, c’est Coya qui affichait le plus gros CA avec 6,1M€, contre à peine 200K€ en Espagne et 500K€ pour Unkle.
Le problème c’est que si la holding Demain ES a effectivement généré 4,1M€ de CA, elle a surtout subi une perte de 17M€ (2,3M€ pour Unkle, 1,6M€ pour l’Espagne, 1,4M€ pour Coya).
Et pour éviter qu’on vienne contester ces chiffres encore une fois, les voici publiés pour la première fois :
Et le bilan :
Problème : les actifs de la société c’est 36M€ de participations (dont 11,1M€ pour Coya, 11,9M€ pour Unkle) et 15M€ de créances liées aux participations.
Le montant de ces cessions est LOIN d’être 23M€. Lazard avait estimé la cession entre 9 et 17M€. Selon mes informations, le total serait en dessous de cette fourchette.
C’est possiblement l’autre explication de la mort du deal. Parce que si ces ventes ne permettent pas de rembourser Triple Point et BNP, alors ils restent propriétaires de la quasi-totalité de l’activité !