Fin 2023, de nouveaux investisseurs sont appelés pour injecter des fonds.
Mais le deal s’éternise parce que les premiers investisseurs ne veulent pas abandonner leur LP, alors que c’est évidemment une condition essentielle des entrants. La term sheet à 4,7M pour un bridge est validée… en décembre. De quoi tenir en 2024.
Sauf que l’entreprise est à court de cash depuis un mois et ne peut même pas payer les salaires de décembre. Elle est légalement en cessation de paiement. Un membre du board me raconte que quand Thierry Vignal a annoncé la nouvelle, plusieurs investisseurs ont demandé qu’il recule au maximum le dépôt de bilan. Pourtant, c’est une obligation légale à faire dans les 45 jours.
Maxime Hanquier explique qu’il est arrivé que les salaires doivent décaler d’un jour ou deux en attendant un virement, et qu’en ce sens l’entreprise aurait pu déjà être plusieurs fois en cessation de paiement.
Parce qu’en réalité les startups seraient habituées à ces situations, et qu’il est normal qu’elles naviguent dans un flou financier. C’est en tout cas ce que décrivent beaucoup d’habitués de l’écosystème.
« SUREMENT PAS ! » a grondé un juge du tribunal de commerce de Bobigny cet hiver en réponse à un dirigeant.
Parce qu’à force de croire qu’une entreprise n’a pas besoin d’être rentable, que l’argent gratuit est normal, qu’il faut créer des licornes et qu’il est sain de financer de l’ultracroissance sans résultats, nombreux sont ceux qui pensent qu’une startup est une entreprise à part.
Le Code du commerce et les juges qui l’appliquent répètent l’inverse à chaque audience. Et les audiences sont cinglantes.
En cas de déclaration tardive d’une cessation de paiement, le dirigeant peut être rendu personnellement responsable de l’aggravation des dettes, en plus d’être interdit de gérer une société.
On assiste alors à un désalignement complet des intérêts avec un mandataire social qui cherche à éviter sa propre condamnation, et des investisseurs qui poussent au maximum pour éviter les pertes, sachant qu’ils ne seront jamais légalement responsables devant un tribunal de commerce.