Été 2025. Les 200 salariés français sont balancés par-dessus bord. La décence, elle, avait disparu depuis longtemps.
Les bureaux français ferment sans pot de départ. L'ambiance « derniers jours de Pompéi » dont parlent les employés sur les réseaux. Sur Glassdoor, les avis s'accumulent : « Ambiance Titanic », « Management aux abonnés absents », « On savait depuis 2023 que c'était foutu ». Monster.fr redirige vers Monster.com le 30 septembre 2025. Qui lui-même ne fonctionne qu'à moitié. Les CV français ? Officiellement « archivés conformément au RGPD ». Officieusement, probablement déjà effacés. Trop cher de maintenir des serveurs pour des données qui ne valent plus rien.
Le monstre violet est mort. Pas de combat épique contre Indeed ou LinkedIn. Pas de sursaut héroïque. Juste une euthanasie financière orchestrée par Apollo et Randstad. Un mercy killing à 57M$. Les actionnaires ont récupéré leurs billes. Les salariés, eux, ont récupéré un courrier de l'AGS.
L'ironie cruelle ? C'est nous, cotisants français, qui payons la note finale. Salaires impayés, indemnités de licenciement, tout passe par l'Assurance Garantie des Salaires. Privatisation des profits (enfin, quand il y en avait), socialisation des pertes. Le capitalisme dans toute sa splendeur asymétrique.
Randstad, qui avait signé un accord d'entreprise jusqu'en 2027, s'est défaussé en vendant 51% à Apollo. Hop, plus d'obligations légales. C'est beau, le montage juridique. Les 5M€ versés aux cadres dirigeants pour « déblocage anticipé du dispositif actionnarial » lors du lancement de la joint venture en 2024 ? Ça, c'était sacré. L'accord social avec les salariés ? Kleenex.
Et cerise sur le gâteau de merde : 1,2M$ de « Transaction Award » pour les dirigeants qui ont mené la liquidation. Tu lis bien. Des primes pour avoir coulé le navire. C'est comme féliciter le capitaine du Titanic d'avoir trouvé l'iceberg.
Sur LinkedIn, l'ironie toujours -, Jeff Furman annonce qu'il « explore de nouvelles opportunités ». Les traders d'Apollo sont déjà sur le prochain deal. Randstad communique sur ses « excellents résultats trimestriels ».
Jeff Furman explore de nouvelles opportunités. Et Monster explore les archives du web.
Le bilan est affligeant.
Monster, c'était 5G$ de valorisation au pic des années 2000. Vendu 429M$ à Randstad en 2016. Revendu 28M$ à Bold en 2025.
-99,44% en dix-huit ans.
On pourrait s'apitoyer. Pleurer sur les 585 licenciés américains, les 200 français, les fournisseurs impayés, les rêves brisés. Mais c'est la loi du marché. Monster a cru qu'être le premier suffisait. Erreur. Dans la tech, le premier mort est souvent le pionnier, incapable de se renouveler et de comprendre les changements.
Ce qui tue dans cette histoire, c'est pas la fin de Monster. Les entreprises meurent, c'est la vie. C'est la manière. Cette façon de transformer un naufrage industriel en jackpot pour une poignée de dirigeants. Cette capacité à signer des accords sociaux pour les jeter trois ans plus tard. Cette habitude de refiler la facture sociale à la collectivité.
Monster France, c'était pas juste un site d'emploi. C'était le symbole d'une époque où Internet promettait de démocratiser l'accès au travail. Où poster son CV en ligne était une révolution. Où on croyait encore que la tech allait libérer, pas ubériser.
Aujourd'hui, les recruteurs chassent sur LinkedIn avec des InMails à 10 balles pièce. Les candidats swipent des offres comme des matchs Tinder. Les algos décident qui verra quelle annonce. Et Monster ? Monster est devenu ce qu'il combattait : une petite annonce dans la rubrique nécrologique du capitalisme financier.
Et des petites lignes qui viennent rémunèrent grassement les liquidateurs.
C'est ça parfois, le vrai du private equity, loin des levées de fonds creuses qui font les clics gras de Maddyness. Pas l'innovation disruptive. Pas la création de valeur. Juste l'art d'extraire jusqu'à la dernière goutte avant de laisser la carcasse aux charognards.
Un capitalisme sans efficacité ni vision.
Sans capacité à créer autre chose que du vide.