💥 Zero Bullshit
Chapitre 01

Back to reality

Alors que je travaillais sur cette édition, Cleerly a sorti ce que j’étais en train de concevoir : une vision globale sur la réalité des deals. Alors bon (UNE FOIS QUE T’AS LU CETTE NEWSLETTER) tu peux aller mater ça :

Globalement, sur les 5 premières saisons :

  • 26,1M€ ont été promis en plateau par les jurés ;
  • 10,9M€ ont été réellement investis via 61 deals sur 122, donc un sur deux.

Ce ratio a d’ailleurs fait les choux gras de la presse il y a quelques mois. Parmi les témoignages, celui d’une entrepreneure qui n’a pas conclu avec Tony Parker1 et qui a enchaîné les posts LinkedIn pour ouinouiner publiquement2. Cette fameuse « Camille », dont le prénom aurait été modifié selon France Info, est parfaitement connue. Elle s’appelle Camille-Cécile Lambert et racontait son histoire publiquement, sous son vrai nom, au même moment. Sa boîte ADN Group ? Une SAS créée en 2022, 1 000€ de capital, zéro salarié, activité « commerce de gros ».

Parce que le problème, c’est que beaucoup d’entrepreneurs, notamment dans cette émission (mais pas seulement), veulent lever des fonds pour sauver leur boîte. D’autres en profitent juste pour faire parler d’eux. Voire pour lancer un crowdfunding auprès de particuliers3, ce qui finit souvent mal, à l’image d’Horiz.io, liquidé y’a quelques jours après avoir tapé 200K à sa commu sur Crowdcube (évidemment). Visiblement, dans le cas de Camille, c’était un peu des deux : sauver sa boîte et exister médiatiquement. Tout ça après avoir tenté de lever 1M€ (les 200K€ potentiels de l’émission ne permettaient de toute façon pas de financer l’entreprise), puis cherché un « bras droit » avec comme condition un « investissement initial ». Y’a même pas 3 mois, la même CEO tentait de lancer un crowdfunding à partir de 500€, mais semble avoir abandonné après 58 réponses, dont 12 étaient « probablement pas ».

Peut-être que Parker avait juste eu du pif.

Quatre membres du jury, anciens ou actuels, pointent les mêmes raisons. Jean-Pierre Nadir (S2 à 4, puis invité ponctuel en S5-6) me les résume en trois catégories.

« 1 - Les candidats qui ne veulent pas ou plus. Soit parce qu’ils voulaient juste un coup de projecteur […] ou parce qu’ils veulent changer les conditions. »
2 - Ceux qui ont survendu leur avenir. […] Au moment où ils passent, ils donnent des infos qui ne se sont pas réalisées, comme un financement ou un distributeur.
3 - Ceux qui ont annoncé des chiffres qui n’ont rien à voir avec la vérité. [Par exemple] des marges qui ne sont pas là, des coûts de production plus élevés, un BFR qui va exploser. »

Ce n’est ni scandaleux ni une escroquerie, contrairement à ce que la presse généraliste a pu dire. C’est parfaitement normal. Un passage télé dure un quart d’heure pour environ 1H-1H15 de tournage. Ça ne permet pas de vérifier un BP ou la réalité de ce qui est dit.

Côté résultats, toujours selon le tableau de Cleerly :

  • 1 exit (La French Baguette)4 ;
  • 46 procédures collectives (dont Bob et Nanaba), soit 20%5.

Selon un ex-juré, ces chiffres, qui en réalité sont assez proches (voire meilleurs) de la réalité de la French Tech, sont principalement dus à la qualité des dossiers. D’autant qu’en plus « les pires dossiers ne sont pas diffusés ». Un autre juré dit sans s’embarrasser que si les fonds où il investit « proposaient un deal flow aussi naze, il serait sorti depuis longtemps ».

Parce qu’une bonne startup QVEMA, c’est pas une startup rentable ou avec un bon produit. C’est une boîte qui a une bonne histoire à raconter, avec un produit facile à comprendre, idéalement qu’on peut montrer, et qui peut parler aux spectateurs. Puisque QVEMA n’est pas Kima ou Antler : c’est avant tout un jeu télé qui doit faire de l’audience pour être rentable.

Mais alors pourquoi les jurés lâchent-ils autour d’un demi-million par an avec un ROI pas ouf ? Eh bien… ça dépend. Mais rien n’est vraiment gratuit.

D’autant que tous les jurés n’ont pas vraiment le même parcours ni la même légitimité. Et pour comprendre qui siège autour de la table, il faut d’abord comprendre comment M6 les recrute.