💥 Zero Bullshit
Chapitre 05

Stranger Things

Quand Julian Jacob a rejoint le jury en saison 5, la réaction générale a été : « C’est qui ? » Contrairement aux autres jurés, personne dans l’écosystème ne le connaissait.

Son parcours officiel : il quitte l’école à 16 ans, enchaîne les petits boulots (livreur, vendeur), puis lance une boîte dans l’immobilier commercial vers 20 ans qu’il revend quelques années plus tard. Ensuite, direction les États-Unis où il devient commercial indépendant. En 2022, il fonde Wyncor, une société de jouets sous licence. Deux ans d’existence au moment de rejoindre l’émission, ce qui en fait le moins expérimenté du jury.

M6 justifie son recrutement par son « habitude de travailler avec la grande distribution » et sa « capacité à aider à l’international »¹⁷. Soit. Ce qu’ils ne disent pas, c’est d’où vient cette « capacité ».

Julian Jacob s’appelle en réalité Julian Zaguedoun. Jacob est son troisième prénom, changé « pour des questions de sécurité » selon lui17. Et surtout : son frère Jérémy Zaguedoun a cofondé Zag, le studio derrière Miraculous, le dessin animé aux 8M€ de CA (décoré de l’ordre des Arts et des Lettres en avril 2024). Sa femme Candice Zaguedoun est avocate à Miami, spécialisée en licensing, elle a travaillé sur les contrats de la saison 5 de Miraculous. Julian, lui, a été commercial pour Zag avant de fonder Wyncor, qui vend des jouets sous licence... Miraculous. Le réseau familial tourne bien.

Et puis il y a l’affaire Epopia18. Une startup de jeu de rôle par abonnement pour enfants, créée en 2014. Après une levée d’1M€, Zag et Florida Riviera (une société de Julian) entrent au capital en apportant la licence Miraculous. Julian obtient des parts en equity au lieu d’une commission de commercial. Puis les choses dérapent. Selon le fondateur Rémy Perla, le « studio international actionnaire » a exigé « près de la moitié des parts de la société » pour maintenir la licence, réduisant « les associés fondateurs et les investisseurs historiques à peau de chagrin ». Et une fois le deal signé : plus de nouveaux contrats. « Quand il est devenu majoritaire au capital, c’est là que l’enfer a commencé pour les équipes d’Epopia », raconte un investisseur aux Echos. « Il y avait de la pression insupportable sur les équipes. Il n’avait pas du tout l’état d’esprit business angel. » Epopia est placée en liquidation judiciaire en janvier 2024. Julian Jacob qualifie cette expérience d’« erreur qu’il ne fera plus ».

Côté Wyncor, la boîte a levé en avril 2025 sur une valorisation de 48M$ auprès du family office belge Alcastar (famille Lippens). Des jouets sous licence Pat’Patrouille et Peppa Pig vendus chez Walmart, Target et Carrefour. Impressionnant sur le papier.

Sauf que les structures racontent autre chose. En France, Wyncor opère via SUPERCO, une SAS créée fin 2023 avec 101K€ de capital, zéro salarié déclaré, domiciliée chez un domiciliataire des Champs-Élysées¹⁹. Aucun compte n’a été publié. L’activité déclarée : « commerce de gros d’autres produits intermédiaires ». 48M$ de valo pour une coquille administrative sans comptes.

Aux États-Unis, tous les communiqués de presse répètent la même phrase : « Wyncor is owned by Jstar Capital. » Ça sonne comme un fonds d’investissement. Sauf que Jstar Capital LLC est une société enregistrée en Floride dont l’« authorized person » est... Julian Zaguedoun lui-même. Le registered agent ? Le cabinet de sa femme, Law Offices of Candice Zaguedoun. Il n’y a pas de fonds. Il n’y a pas d’investisseur externe.

Et la « valorisation à 48M$ » annoncée par Maddyness19? Elle vient d’un montage en trois temps.

Temps 1 : en février 2025, Julian crée Pershing Capital, une nouvelle holding française à 100K€ de capital (même adresse Champs-Élysées). Puis il s’apporte à lui-même 40 millions d’actions de Wync Group pour une valorisation totale de 40M€. Le détail : Jstar Capital LLC valorisée 39,4M€, Wyncor LLC 398K€, Superco 158K€. Un commissaire aux apports valide l’opération sur la base du « prévisionnel d’activité du Groupe Wyncor », fourni par Julian. Aucun cash n’entre. C’est du papier.

Temps 2 : en mars 2025, Alcastar souscrit une augmentation de capital de Wync Group. Le montant réel investi : 4M€ pour 4 millions d’actions à 1€ l’unité. Ça représente environ 9% du capital post-opération.

Temps 3 : le capital social de Wync Group passe à 44,1M€ (40,1M€ d’auto-apport + 4M€ d’Alcastar). Au taux de change, ça fait ~48M$. Et les communiqués de presse annoncent : « Wyncor valorisée 48M$. »

Sauf que 40M€ sur 44M€, c’est Julian qui se les est apportés à lui-même sur la base de ses propres projections. Le seul vrai cash qui est entré dans la boîte, c’est 4M€. Pas 48M$. Personne ne vérifie. Busijness as usual. Mais tout ça pour quoi ?

Parmi les produits Wyncor, il y a Kwaaks, des canards en peluche vendus à 20$. Le compte Instagram de la marque affiche des milliers d’abonnés, mais les posts ne récoltent quasiment aucun commentaire. Le produit était distribué chez Walmart, mais n’est plus disponible depuis un moment. Une marque fantôme pour un produit fantôme.