💥 Zero Bullshit
Épilogue

Et maintenant, que va t’il faire ?

Après des mois d’agonie silencieuse et de dénégations publiques, Saks Global a annoncé un plan de financement de 1,75G$ pour traverser la procédure de Chapter 11. 1G$ provient des obligataires existants, 500M$ seront disponibles à la sortie de la faillite, et 240M$ viennent des prêteurs ABL (asset-based lending).

Mais l’horloge tourne. Le TopCo Debt arrive à échéance dans vingt jours. Et les anciens actionnaires de Neiman, qui sont les créanciers de cette dette, n’ont aucune raison d’être patients.

Avant même la faillite, Saks avait commencé à vendre les bijoux de famille. En décembre 2025, Neiman a cédé sa participation minoritaire dans Fashionphile, la plateforme de revente de luxe d’occasion.63 Vente d’actifs en catastrophe, un mois avant le Chapter 11.

Dans sa première lettre aux fournisseurs, van Raemdonck promet que les factures futures seront payées, que les arriérés seront une priorité, et que l’entreprise émergera « comme une entreprise plus forte plus tard cette année ». Pour ça, il faudra fermer des magasins. WWD rapportait qu’au moins 20 fermetures étaient envisagées. La réalité du premier jour de faillite : 26 baux rejetés d’un coup.

La liste est révélatrice. Ce sont principalement d’anciens Lord & Taylor que Baker avait convertis en Saks OFF 5TH, dans des malls Simon Property Group. Concentration massive sur la côte Est, quelques sites en Nouvelle-Angleterre et dans le Midwest.64

Et une surprise : San Francisco, 384 Post Street, Union Square. Le flagship Saks de la côte Ouest. Bail signé en 1991, trente-cinq ans d’histoire. Terminé.65 Dans une rue à la moitié des RDC sont vides, entre un Bulgari et un Chanel. Où même H&M a quitté la zone.

Ce n’est que la première vague. La procédure mentionne des fermetures supplémentaires à venir. Les flagships de Manhattan et de Beverly Hills devraient survivre. Les autres, c’est moins sûr.

Mais au-delà de la restructuration financière, au-delà des fermetures et des négociations avec les créanciers, une question plus fondamentale se pose : le modèle du grand magasin de luxe multi-marques a-t-il encore un avenir ?

Évidemment, la situation ne peut laisser indifférent en France, quand on repense aux déboires d’Ohayon avec les Galeries Lafayette de province, aux fermetures du Printemps en région, ou à ceux qui attendent Merlin au coin de la rue. À Londres, Debenhams a été liquidé en 2021, House of Fraser décimé, et même Selfridges et Harrods accumulent les pertes. En Allemagne, Galeria Kaufhof, le seul deal où Baker a gagné de l’argent, revendu juste à temps en 2019, a fait faillite trois fois depuis. Le modèle craque partout.

Si Saks s’enfonce dans le modèle concession, il devra se concentrer sur les grandes villes, là où le trafic est suffisant pour rentabiliser les boutiques en magasin. Exit les emplacements secondaires. Exit les marchés périphériques.

Et si Saks reste en wholesale, il devra prendre moins de risques, acheter moins de marchandises, accepter plus de markdown. Exit le temple du luxe où tout est disponible. Exit l’expérience de shopping illimitée.

Dans les deux cas, ce sera une version diminuée de ce que Saks et Neiman Marcus représentaient à leur apogée. Reste que l’histoire de deux entreprises retail affaiblies qui fusionnent et trouvent le succès, ça n’existe pas.

355 ans d’histoire pour Hudson’s Bay.
101 ans pour Saks Fifth Avenue.
Treize mois pour Saks Global.

Le Titanic des grands magasins a trouvé son iceberg.