Sur le papier, tout commence un vendredi. Le 5 janvier 2024, lorsque Patrick Lenoël et Olivier Coustet signent les statuts de SantaREIM, qui seront déposés un mois plus tard.
REIM, pour Real Estate Investment Management, comme beaucoup de gérants. Mais SantaREIM, en référence à ceux qui croient encore aux promesses des gérants comme à celles du Père Noël, comme Patrick. Et possiblement à Santarém, ville brésilienne située dans l’État du Pará, au confluent du Tapajós et de l’Amazone. Un pays cher à Olivier Coustet.
Sur le papier, toujours, il s’agit d’exercer « une activité de gestion de portefeuille pour le compte de tiers sur la base d’un programme d’activité immobilier approuvé par l’Autorité des marchés financiers, et dans ce cadre, notamment le conseil en investissement financier ou immobilier et toute autre activité soumise à l’approbation du régulateur », ou encore de faire de la « gestion immobilière », notamment pour « compte de tiers ».
Sur le papier, enfin, SantaREIM n’est qu’une banale association de financiers en fin de carrière, qui, après être passés par d’illustres sociétés, souhaitent s’illustrer par eux-mêmes. Deux brillants énarques qui vendent les marques sur leur CV plus que leurs réelles réussites, pour le moins contrastées.
A ma droite1, Olivier Coustet, un de ces gendres idéal de la République. Après être passé par l’IEP, Dauphine et à master en Finance à Londres, il rejoint la promotion Condorcet2 aux côtés de l’écrivain Michel Bernard, du préfet Yannick Blanc, du futur patron de Worldline Gilles Grapinet, des ambassadeurs Patrick Maisonnave et Nicolas de Rivière, ou du conseiller dont les chaussures feront trembler l’Élysée, Aquilino Morelle. Cette promotion est aussi connue pour être l’une des plus féminisées de l’époque, ayant vu passer plusieurs politiques comme Francine Bavay (EELV) ou Valérie Pécresse, mais aussi de grandes dirigeantes publiques comme Catherine Démier (ex Cour des comptes), Marie-Laure Denis (CNIL) ou Laurence Engel (ex BNF). Un an avant une certaine Marie-Anne Barbat, future Layani et actuelle présidente de l’AMF, qui régule donc SantaREIM.
Mais avant d’arrive dans le privé, Coustet passe 4 ans à l’IGF3 avant de partir de, 1996 à Sao Paulo pour lancer et diriger la filiale brésilienne du CCF4 jusqu’en 2002 selon son profil LinkedIn. Selon mes informations, il aurait en réalité quitté le CCF très rapidement après le lancement, en 2000, pour devenir CFO d’Europe 1 Communication, notamment en charge de Lagardère Médias, reportant directement à Arnaud Lagardère.
Aussitôt la réélection de Chirac, il rejoint le cabinet de Raffarin après le grand retour de la droite à Matignon, sous la direction de Pierre Steinmetz5. En charge des postes, de la vie associative, de la ville et du logement, Coustet fait partie d’une myriade de près de quarante conseillers, dont une brillante toute jeune trentaine : la future ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, conseillère environnement et développement durable.
Coustet survit à l’arrive Michel Boyon6 à la tête du cabinet l’année suivante et quitte Matignon à l’arrivée de Villepin en 2005. Il repart alors au Brésil pour diriger Caixa Seguros, filiale de CNP Assurances. Expérience de deux ans, étrangement absente de son profil LinkedIn.
Deux ans plus tard, il rebondit en prenant la tête de l’AFER7notamment grâce notamment à Pierre Steinmetz (toujours au « conseil des sages » de l’association), qui se définit comme « une association d’assurés » et affirme sur son site :
« Libres et indépendants, nous n’avons qu’un seul intérêt depuis 50 ans : défendre le vôtre. »
Bon, en réalité, l’AFER galère avec la condamnation de son fondateur quinze ans plus tôt pour abus de biens sociaux et détournement de fonds.
Après deux ans chez Fideas/Alfina entre 2009 et 2010, Coustet retrouve les joies du Brésil, où il va rester pendant plus de dix ans. Une période qu’il résume toujours à quelques expériences, alors que dans le deuxième volet de cette série, on verra qu’elle est particulièrement intéressante.
Et franchement pas glorieuse.
Du tout.