Alors, est-ce que Sorare va finir dans la liste des naufragés des Next40/FT120 ? Disons qu’on pourrait poser la question autrement. Est-ce que Sorare vaut aujourd’hui 4G€, c’est-à-dire la moitié de Carrefour et autant… qu’Eurazeo ? Non. Et y’a quand même pas grand monde, même parmi les VC, qui aujourd’hui peut justifier cette valo (même en 2021, d’ailleurs).
Est-ce que Sorare est toujours une licorne ? Probablement pas s’il fallait refaire un tour maintenant. Mais en réalité, la question est peut-être plus intéressante.
Finalement, est-ce que Sorare peut juste être une belle PME rentable, qui aura juste coûté trop cher à ses investisseurs, mais qui atteindra l’équilibre ?
Eh bien la réponse est peut-être « oui ».
Depuis la fin de la grand mode de NFT, et globalement depuis la giga chute des cryptos post-FTX, Sorare galère un peu comme le montrent les courbes d’avant. Ça reste plus de CA qu’une bonne partie des licornes (et même des wannabe unicorns) n’atteint pas, mais il semble difficile d’aller plus loin, même avec cette nouvelle stratégie qui consiste à tenter de faire revenir les users existants.
Certes, on a toujours quelques NFT qui valent un peu d’argent, et il faut toujours une douzaine d’ETH pour s’acheter un Bored Ape. Mais le play-to-earn s’est transformé en lose-to-play. Au point d’ailleurs que tous ces acteurs ont changé la promesse en play-to-own. Ce qu’on t’explique maintenant, c’est que les assets t’appartiennent. Comme des cartes Magic. Mais à l’inverse d’un jeu vidéo classique. Reste qu’il faut encore que quelqu’un veuille bien te les racheter quand tu veux arrêter.
En plein hiver crypto, l'entreprise a licencié 22 employés de son bureau new-yorkais (13% des effectifs). Julia a justifié cette décision par une volonté de centraliser certaines fonctions au siège parisien. Onze employés supplémentaires du bureau de New York se sont vu proposer une relocalisation à Paris. Le bureau américain n'est pas totalement fermé et continue d'abriter les équipes travaillant avec les clients américains et sur les partenariats avec la MLB et la NBA. Une opération similaire serait en reflexion pour cette année.
Reste que Sorare a une base solide de joueurs. Sans doute plusieurs dizaines de milliers si on regarde les volumes d’échanges ou les personnes actives sur Reddit. Ce n’est clairement pas assez pour rentabiliser les énormes dépenses de licence. Mais c’est dans la moyenne des jeux indépendants quand on regarde les connexions quotidienne Steam.
Est-ce que ça va suffire pour que la startup tienne sur la durée ?
A fin 2024, il restait environ 80M€ sur les comptes21. Compte tenu du CA 2025 (35-40M€) et des charges qui sont probablement en baisse (80-90M€ selon des projections internes, plutôt 90-100M€ selon une autre source) ça laisse au moins 18 mois de runway, malgré une perte probable de 40 à 50M€. Julia est encore plus optimiste quand je l’interroge sur le sujet :
« Sorare dispose de fondations solides (plusieurs années de run) pour continuer à opérer grâce à une base de coûts beaucoup plus saine. […] notamment grâce aux renégociations avec les clubs et les ligues ayant permis de diminuer drastiquement les engagements financiers à venir. »
Un LP d’un des VC investisseurs se dit lui un peu inquiet :
« Sorare n’atteindra pas la rentabilité avant un long moment, et il va falloir faire une série C. Le problème je le vois arriver gros comme une maison : personne ne voudra entrer sur une valo supérieure à la série B. Donc soit personne n’est assez gros pour investir. Soit ceux des tours précédents vont se faire massacrer. »
Parce que si je posais (pas très innocemment) la question de la perte de corne de Sorare un peu avant, c’est en réalité acté dans la plupart des fonds qui ont déjà déprécié leur participation dans leurs actifs. Sous couvert d’anonymat, un fund manager français parle d’une valo divisée par 4. Chez SoftBank une personne bien au courant parle d’une participation valorisée 10x moins, soit 400M$, lors de la valorisation du portefeuille de VF2 au T1 2024. Au passage, on apprenait alors que les quelques 285 investissements du fonds, faits pour près de 50G$, ne vaudraient actuellement que 30G$ (coucou Klarna, FTX, WeWork etc.) mais cela n’incluait pas la récente IPO de Chime. Une situation comparable à VF1 (68G$ / 56G$) dont la rentabilité ne tient qu’à la magistrale sortie d’Arm. Quant au plus anecdotique fonds LatAm, ses 7,4G$ d’investissements valent tout juste 5,5G$ (avec des morceaux de Swile et de Sorare)
Mais selon lui VF2 ne serait pas « opposé par principe » à un downround. Parce que c’est bien ça, que serait cette série C.
Il y a quelques mois, Julia disait dans Madyness22 qu’il voulait une rentabilité en 2026, sans avoir besoin de passer par cette fameuse série C. Cela dit, la porte n’est pas fermée selon les propos de Nicolas Julia en réponse à mon e-mail :
« L’intérêt croissant de certaines organisations crypto de premier plan pour des projets comme Sorare (pour y investir) [permet] d’apporter du confort pour l’avenir et d’entamer sereinement le chemin vers la rentabilité. »
En espérant que le secret de la licorne ne finisse pas avec le sceptre du tocard.