💥 Zero Bullshit
Chapitre 05

L’oseille cassée

Comme tous les gens qui graillent de l’argent public sans n’être jamais rentable, Sorare n’a jamais publié ses comptes, et il faut se contenter des déclarations de Julia et des quelques fuites.

En février 2021, Julia annonçait 11M€ de CA sur le seul mois, et déclarait viser 1G€ de CA d’ici 2024. A l’époque la France ne représentait que 20% des transactions. Fin 2021, Julia parlait de « plus de 100M€ de CA »15, ce qui propulse l’entreprise dans le Next40. Pourtant, en janvier 2022, Les Echos racontent une autre histoire16 :

« Sorare confirme aux « Echos » avoir réalisé un chiffre d'affaires en hausse de près de 3900% en 2021, à 325M$, contre 8M$ fin 2020. Loin devant donc les prévisions déjà ambitieuses affichées par son PDG Nicolas Julia, qui visait 200M$. »

Selon mes informations, les 325M$ ne correspondent pas au chiffre d’affaires… mais au volume de transaction. Pour comprendre la différence, il faut revenir deux minutes sur le business model de Sorare.

Leur taf n°1 c’est donc de produire des cartes, grâce aux licences achetées, puis de les vendre. C’est le marché primaire. En 2021, cela représentait autour de 100M$, mais selon les accords, les ligues et clubs prendraient entre 10 et 20% des montants. Une information confirmée par un expert, mais réfutée par un VC de la série A.

Mais il y a également un marché secondaire. Et contrairement à celui des jeux vidéos ou de cartes Pokémon, qui sont gérés par des intermédiaires qui ne reversent rien aux ayant droit ou éditeurs, contrairement à celui des actions, dont seuls les intermédiaires sont remunérés, celui des NFT marche différemment. Parce que quand le smart contract est déployé, il est possible d’ajouter un fee pour l’émetteur. En l’espèce Sorare récupère 5%17, mais a priori pas via le smart contract, mais plutôt sur des frais sur sa plateforme.

Alors, est-ce que ça rapporte ? Eh bien, on a un premier indice sur l’état sur le marché secondaire. S’il a semblé un temps bénéficier de la hausse des cryptos et de la folie des NFT, le rebond de fin 2024 ne suffit pas à parler d’un sursaut.

Vente (en USD) sur le marché secondaire des NFT Sorare, par mois.

Et ce d’autant plus que le prix moyen de la transaction s’effondre, ce qui tend à démontrer que ce n’est pas vraiment une source de revenus d’avenir…

Prix moyen par transaction (en USD) sur le marché secondaire des NFT Sorare, par mois.

Si on garde le chiffre de 5%, constant, on arrive à moins de 43M$ de CA, depuis le lancement.

A ce jour, la marketcap s’est effondrée à 1,3M$. Très loin d’un Axies (85M$) ou d’un GodsUnchained (67M$).

Le problème, c’est que le secondaire est un indicateur plutôt fiable du niveau d’activité. Selon les informations que j’ai pu confirmer :

  • Le volume secondaire a toujours représenté 2 à 2,8x le CA ;
  • Le volume primaire représente environ 3x le CA.

Sachant qu’on connait le secondaire, qu’on a déjà une visibilité sur 2025, que les chiffres d’affaires passés m’ont été confirmés par plusieurs sources18 :

  • 2021 : 104M€
  • 2022 : 143M€ (+43%)
  • 2023 : 59M€ (-59%)
  • 2024 : 43M€ (-27%)

… alors on peut sortir les grandes lignes.

Avec 45M$ de secondaire pour le S119 et une tendance à la baisse, l’année va finir autour de 80M$ soit 70M€ (-29%). Soit 25-35M€ de CA. Bien que Sorare affirme projeter 42M€20.

Pas besoin d’avoir fait de longues études pour comprendre que, même avec la réduction de personnel qui est en cours de réflexion, ça ne suffira pas à moyen terme.