💥 Zero Bullshit
Chapitre 06

Nos vies valent plus que leurs profits

Si en France comme ailleurs, on protège ses ressortissants à l’étranger… C’est aussi vrai sur son territoire, tout les jours. Et on tend à l’oublier.

Prenons les dépenses de santé.

Les Français ont consommé pour 235mds€ de soins et de biens médicaux en 202213, soit 9% du PIB (207mds€ en 2019, 210mds€ en 2020, 226mds€ en 2021), dont :

  • 114mds€ en soins hospitaliers (89mds€ dans le public, 26mds€ dans le privé) ;
  • 62mds€ en ville (25mds€ chez les médecins, 14mds€ chez les dentistes) ;
  • 33mds€ de médicaments.

Rien que les hôpitaux ont un déficit (après financements publics) de 500 à 1000M€ / an.

En 2023, notre ONDAM ( joli mot pour dire « objectif national des dépenses d'assurance-maladie ») était de 244mds€, soit 4600€ / personne.14

C’est que l’Etat accepte de payer pour notre santé.

C’est assez peu concret, et surtout, pas très intéressant sur le cout réel qu’on donne à la vie.

Prenons des chiffres plus clairs.

  • Le cout social du tabac est de 156mds€ / an15 ;
  • 102mds€ pour l’alcool ;
  • 7,7mds€ pour les drogues illicites.

Selon les estimations, la mortalité annuelle suit le même ordre :

  • Entre 200 et 500 morts par an liées aux drogues16 ;
  • Entre 40 et 50’000 pour l’alcool ; 17
  • Entre 70 et 80’000 pour le tabac.

Le tabac est un exemple particulièrement intéressant. Un sondage en 2020 indiquait que 56% des Français pensaient que le tabac rapporterait plus qu’il ne coute.18 Une idée reçue principalement liée au traitement médiatique intense à chaque hausse des taxes.

Pourtant le tabac, hors cout social19 :

  • Coute 1,6mds€ / an en prévention ;
  • 26mds€ en soin ;
  • Et rapporte 16mds€.

On pourrait donc s’attendre à ce que les moyens déployés pour lutter contre la drogue soient 160x inférieurs à ceux contre le tabac.

En 1997, le cout de la répression anti-drogue côté police était estimé à 1,03mds€20. Un chiffre qui aura forcément beaucoup augmenté en 30 ans sans qu’on puisse dire dans quelle proportion. Et qui exclut la répression judiciaire (tribunaux, prisons, conseillers de réinsertion etc.).

Pourtant, le seul effet direct démontré : c’est l’augmentation drastique des prix.21

A l’inverse, comme la plupart des taxes, celles contre le tabac marchent. La totalité des études, en France comme à l’étranger, montre un lien direct entre la hausse de la fiscalité, et la baisse des usages.22

Une simple règle de trois permet d’estimer le prix d’équilibre du paquet entre 40 et 50€. Mais combien de gens seraient prêts à payer leur propre risque lié à l’usage de l’alcool ou du tabac ? Mieux, si on faisait un sondage, combien de non-fumeurs seraient à l’aise pour que la société paye les soins aux fumeurs, volontaires ?

Cette réflexion pourrait s’appliquer à pas mal de sujets.

Combien trouveraient normal que la société entière paye les 10,6mds€ / an que coute l’obésité, soit 1240€ / personne traitée23. Combien diraient que, finalement, elles sont un peu responsables de leur poids, dès lors qu’on leur donnerait ce cout ?

De quoi remettre intégralement en cause le modèle de santé mutualisé.

On voit néanmoins une décorrélation forte entre les dépenses destinées à lutter contre les drogues criminalisées et les drogues sociales (tabac, alcool) qui sont parfaitement acceptées.

De quoi conclure que le prix de la vie des drogués vaut plus que ceux des consommateurs d’alcool ? Ou est-ce justement la démonstration que nombre de décisions sont prises de manière irrationnelle ?

Ces réponses à ces questions donnent directement un prix à la vie. Mais elles donnent surtout une autre indication : le prix d’une vie dépend d’un jugement de valeur.