💥 Zero Bullshit
Chapitre 05

Un après-midi de chien

Ingrid Betancourt, elle, avait été libérée avant Shalit, en 2008. Comme toujours, la France (comme la plupart des grands pays) a nié avoir payé pour libérer l’otage française, qui s’est envolée en hélicoptère après une opération militaire.

A l’époque, la Radio Suisse Romande avait parlé d’une rançon de 20M$, et affirmé que l’opération n’était qu’une mise en scène destinée à faire oublier l’argent6. Selon la totalité des gens, y compris très proches des opérations, que j’ai interrogé et connu à l’époque, cette information est fausse et l’Opération Jaque qui a permis libération était bien réelle. Aucune rançon n’aurait été payée. Une version confirmée à plusieurs reprises par Ingrid Betancourt7, mais également le président colombien de l’époque Alvaro Uribe.

Ce n’est pas toujours le cas.

Pour faire revenir les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot enlevés en Irak en 2004, la France a payé 15M$. Une somme conforme au « marché », qui va de 2,5 à 10M$ / personne.

C’est ce que vaut la vie d’un citoyen d’un grand pays, capturé par des terroristes d’un pays en guerre.8

  • 5M$ pour René Braunlich et Thomas Nitzschke (Allemagne) (10M$ demandés) ;
  • 6 à 10M$ pour Giuliana Sgrena (Italie) ;
  • 10M$ pour Florence Aubenas (France) ;
  • 3M$ pour Susanne Ostloff (Allemagne) ;
  • 14M$ pour Didier François et Edouard Elias (France) ;
  • 100M$ pour les 5 femmes dites « infirmières bulgares ».

Impossible de dire comment est réellement fixé ce cout. Mais le prix est directement indexé sur la popularité des otages. Paradoxalement, plus les comités de soutien travaillent, plus l’Etat va intervenir, mais plus les prix augmentent.

Parce qu’en réalité, ce qui payent surtout les Etats, c’est leur propre image.

En 2007, Nicolas Sarkozy fait des infirmières bulgares une de ses priorités médiatiques. Les 100M$, c’est le prix de son image. Et s’il n’a pas été payé de rançon pour Ingrid Betancourt, le cout de l’Opération Jaque a été intégralement supporté par la France.

Par contre ce qui est clair, c’est que ces rançons financent directement le terrorisme et une flopée d’intermédiaires. Certains pays (comme le Royaume-Uni) refusent catégoriquement de payer, avec des conséquences lourdes.

Sur la quinzaine d’otages britanniques depuis 50 ans, seuls 5 sont revenus vivants. Tous dans le cadre d’un accord entre des mouvements libanais et palestiniens.

En mars 2023, le Mali accusait la France d’avoir financer un groupe proche d’Al-Qaïda pour négocier la libération d’Olivier Dubois9. Une somme estimée à 6M$ selon une source locale.

Des pratiques qui interrogent forcément puisque depuis 2001, des centaines de lois ont été pondues à travers le monde pour limiter le financement du terrorisme. C’est d’ailleurs l’une des obligations majeures des sociétés financières.

Mais la pratique des otages n’est pas nouvelle.

En 1430, Jean de Luxembourg capture Jeanne d’Arc à Compiègne et la vend aux Anglais pour 10’000 livres tournois1011. C’est suite à cela qu’elle est remise à l’évêque de Beauvais qui fera son procès en hérésie, la conduisant au bûcher quelques mois après.

Jules César en son temps avait déjà été capturé par des pirates contre rançon. L’Histoire (sans qu’on en soit réellement sûr) retient même qu’il aurait été vexé… par le montant très bas demandé par ses ravisseurs.12

Mais l’histoire est intéressante parce que c’est la vraie première trace de monnayage d’une vie humaine. Parce que si Aetius fut otage romain des Wisigoths, et Arminius otage wisigoth des Romains, c’était surtout une manière de garantir un traité de paix. Ce que faisaient déjà les Spartiates au Ve siècle avant notre ère, sans contrepartie financière.