💥 Zero Bullshit
Épilogue

Lost Highway

Finalement, l’histoire de Victor Lora et de Fire NFT est confondante de banalité. C’est juste les conneries qui sont publiées chaque jour sur TikTok ou Instagram, sauf que lui les a vraiment mises en place. Et qu’après avoir échoué, il s’est mis à vendre sa méthode (foireuse) pour faire pareil.

Et tout ça sans la moindre conséquence, alors que cela pourrait largement être sanctionné par des régulateurs.

Concernant les risques

En relisant les très nombreuses communications, ni Fire ni Lora ne font mention des risques. Jamais. À aucun moment.

E-mail envoyé à des investisseurs particuliers pour la 2e opération Kirpi I

Même en 2025, après avoir fait perdre plus d’1M€. Même après notre longue discussion où je mentionnais ce point précis.

Il y a quelques jours, Lora envoyait via la newsletter Fire une incitation à reprendre des entreprises27, puisque c’est l’une de ses formations. Rien n’est mentionné.

  • Ni sur les risques de pertes en capital ;
  • Ni sur les risques du levier bancaire ;
  • Ni sur les risques d’illiquidité ;
  • Et encore moins sur le fait qu’il donne des conseils pour faire ce pour quoi il a échoué.

Aucune mention non plus la veille, quand il explique qu’il peut « te monter jusqu’à 16K€/mois »28

Rien.

Jamais.

Concernant la gestion

Dans leur communication, Lora et Boulanger parlent à de nombreuses reprises de leurs expériences en startup, finance et M&A pour rassurer les investisseurs. Mais surtout, la sémantique utilisée, et dans les documentations commerciales29 et dans les contrats, est très claire :

  • Les sociétés sont qualifiées de « gérant » et de « gestionnaire » ;
  • Elles disent sans ambiguïté « gérer les fonds » et des « portefeuilles » ;
  • Elles encaissent l’argent auprès des entreprises.

Alors oui, à l’époque, on faisait du royalties en cherchant des exceptions à la réglementation OTP30.

Le problème, c’est que l’article L548-1 du Code monétaire et financier est clair : Fire Invest a (a minima) agi en tant qu’intermédiaire en financement participatif.

L’intermédiation en financement participatif consiste à mettre en relation, au moyen d’un site internet, les porteurs d’un projet déterminé et les personnes finançant ce projet […]

Ici, il ne s’agit pas d’un contrat de royalties de type licence sur une franchise ou des droits d’auteur. Il s’agit de toute évidence d’un produit financier :

  • Parce qu’il y a une promesse de rendement ;
  • Parce qu’il y a une gestion active des fonds ;
  • Parce que les investisseurs n’ont aucun contrôle sur la gestion.

Victor Lora se défend, disant qu’un avocat aurait validé le montage et qu’il était « semblable à Bricks ». Sauf que l’AMF a publiquement désavoué Bricks sur ce point précis, et que la plateforme a changé de modèle pour entrer dans le moule PSFP.

Mais surtout, il semblerait que ce ne soit pas un contrat comme Bricks, mais un mauvais copier-coller des contrats de Bricks.

Contrat de royalties de Fire NFT

Contrat de royalties de Bricks sur une opération de 2021

Dès lors, on peut se demander si un avocat a vraiment écrit et validé ce contrat, en chourant ceux déjà écrits par Bricks. On peut grandement douter qu’un « avocat spécialisé », selon les termes de Victor Lora, aurait gardé le terme gestionnaire pour des fonds, et aurait utilisé des termes réglementés (ou assimilés) comme portefeuille.

D’autant que Bricks était dans une zone grise très foncée, mais assez lisible : pour chaque investissement, un contrat, lié à un bien, géré par Bricks.

Dans le cas de Fire, les personnes envoient leurs fonds par RIB sans savoir comment ils vont être utilisés. En l’espèce :

  • Il s’agit de plusieurs centaines d’investisseurs particuliers ;
  • Investissant dans un projet non défini ;
  • Avec une gouvernance non convenue et non fixée ;
  • Avec intervention de gérants tiers.

Les gros nerds de la compliance auront évidemment compris où je veux en venir : ça ne rentre évidemment pas dans le cadre d’un contrat de royalties, mais ça ne rentre pas non plus dans le cadre d’un club deal, selon les termes de la sanction AMF contre Eternam31.

On est dans un évidemment cas de FIA32 qui aurait dû être déclaré en Autre FIA, être géré par une société de gestion agréée par l’AMF et désigner un dépositaire, qui aurait au passage évité tout le bordel puisqu’il aurait immédiatement vu les problèmes.

  • Ce qui constitue à l’évidence un exercice illégal de la gestion d’OPC33 ;
  • En plus de la ribambelle de documentations commerciales problématiques sur les rendements et surtout sur les risques ;
  • De la non-gestion des évidents conflits d’intérêts ;
  • De l’exercice illégal de la gestion et de l’intermédiation immobilière.

Reste à savoir quelles seront les suites données. Je mise trois parts de Primopierre sur « rien ».

  • L’AMF et l’ACPR répondront que ce n’est pas un acteur régulé, et donc qu’ils ne sont pas compétents ;
  • La DGCCRF ne répondra probablement rien, préférant taper sur les gros influenceurs.

Et voilà où nous en sommes.

Chaque jour, on a des scamfluenceurs qui « oublient » de dire qu’ils sont payés (en cash, en affiliation, en nature) pour parler de tel ou tel produit. Ou qui font la promotion de produits risqués ou complexes sans la moindre mise en garde.

J’en veux pour preuve qu’à peine quelques jours après sa sanction concernant notamment ses communications commerciales trompeuses, Altarac se payait une publicité déguisée dans le podcast de Racem Flazi. Dans la communication, supprimée après que je l’ai commentée, il y était fait la promotion, sans aucune mention publicitaire, du dernier fonds private equity Odyssée d’Altaroc, sans aucune mention des risques et avec le fameux chiffre de 13% qui serait le rendement moyen du private equity. Sans qu’Altaroc n’ait jamais communiqué sur ses propres rendements.

Sur YouTube non plus, il n’était jamais question ni de risque, ni de publicité34.

Parfois, on se dit que les régulateurs font moins peur que le croquemitaine.