💥 Zero Bullshit
Chapitre 01

Once upon a time

2008. L’année où Lehman s’effondre et où Obama arrive, où Montagnier reçoit le Nobel avant de partir en vrille, où toute la finance semble pouvoir s’effondrer et toutes les places semblent inquiètes. Toutes ? Non. Deux irréductibles Toulousains décident de parier sur l’épargne digitale, quand personne n’y croit encore.

À l’époque, le terme même de crowdfunding n’existe pas vraiment. My Major Company vient de lancer Grégoire, mais les internautes n’ont jamais pu vraiment investir dans l’artiste. Thierry Merquiol et Nicolas Sérès, eux, voient plus grand : permettre au grand public d’acheter de vraies actions dans de vraies entreprises, du crowdequity avant même que le mot n’existe, avec un modèle économique très simple : prélever 8 à 10% sur les montants levés par les entreprises, et 0,9% sur les petits tickets des investisseurs.

La machine démarre doucement mais sûrement. Dès 2011, WiSEED teste l’immobilier avec le projet Cœur de Balma (50K€ à 10% sur 8 mois), puis enchaîne l’année suivante avec son premier exit positif : Antabio rapporte 45% de rendement en 18 mois à ses 200 investisseurs. Une performance qui, encore aujourd’hui, fait rêver par mal de plateformes.

En quelques années, la réussite de WiSEED puis de ses petites copains attire l’attention des pouvoirs publics.

Sous l’impulsion de Fleur Pellerin, alors ministre du numérique, le cadre légal du crowdfunding prend forme en 2014, et WiSEED devient naturellement l’un des laboratoires de cette nouvelle réglementation. Le statut de CIP3 naît de ces discussions, offrant aux plateformes un cadre allégé pour lever jusqu’à 1M€ par projet, plafond qui grimpera progressivement à 2,5M€, puis 8M€ avec la loi Pacte. La légitimation est en marche, et WiSEED ne compte pas s’arrêter là.

Deux ans plus tard, la plateforme frappe un grand coup en devenant la première française à obtenir l’agrément PSI de l’ACPR, le plus haut niveau d’agrément pour les services d’investissement en France (avant la gestion de compte de tiers), qui lui permet de proposer du conseil en investissement élargi, de structurer des financements complexes, de générer des honoraires B2B distincts. Le crowdfunding artisanal se mue en industrie financière régulée, avec ses codes, ses contraintes, ses ambitions nouvelles. Et grâce à cet agrément, WiSEED peut, dans les grandes lignes, structurer des dossiers pour les autres.

La gouvernance évolue au rythme de cette professionnalisation : en 2019, Stéphanie Savel passe le relais après quatre ans à la tête de l’entreprise, Nicolas Sérès reprend la présidence du conseil d’administration pendant que Mathilde Iclanzan entre et prend les commandes opérationnelles comme directrice générale. Une nouvelle équipe pour une nouvelle ère, qui semble prometteuse.

Et pourtant, tout semblait encore fonctionner, comme si la mécanique tenait par inertie.

Le tournant idéologique arrive en 2021 quand WiSEED devient la première plateforme de crowdfunding française à adopter le statut de « société à mission », inscrivant des objectifs sociaux et environnementaux dans ses statuts. Chaque projet doit désormais passer un scoring ESG rigoureux, tandis qu’une filiale dédiée à la transition énergétique notamment via les financements ENR voit le jour (WiSEED Transitions, pilotée par Jean-Marc Clerc), et la plateforme dépasse les 400M€ collectés depuis ses débuts, malgré la crise Covid qui aurait pu tout arrêter. Et donc on sait aujourd’hui qu’elle a plutôt été un accélérateur pour les services de finance en ligne.

La réglementation suivante la croissance de WiSEED, la plateforme obtient en 2023 l’agrément PSFP, le nouveau passeport européen du règlement ECSP, cumulant désormais PSI et PSFP, un double statut unique qui lui permet d’opérer dans plusieurs pays.

Le problème, c’est qu’entre 2022 et 2023, il s’est passé 2-3 trucs sur les marchés.