Parce qu’au total, Ÿnsect aura levé plus de 500M€ en 5 ans. Ou 435M€. Ou… en fait on n’en sait rien.
En réalité, on devrait s’en foutre. D’ailleurs, si les startups fondées par des femmes lèvent 3 à 5 fois moins, c’est peut-être pas uniquement parce que les VC ne leur font pas confiance par pur sexisme ordinaire, mais parce que les fondatrices ne font pas des concours de zizis pour passer dans Maddyness et le montrer aux copains.
Et même si c’est dit avec (un peu de) vulgarité, ça n’a rien d’anecdotique. Parce que ces levées de fonds font le bonheur des journalistes et des politiques qui relaient sans jamais vérifier, contribuant ainsi le concours de celui qui a la plus grosse corne (pour sa licorne).
Outre le fait que la licornisation a parfois lieu en dollar (Swile, par exemple), les montants levés ont des réalités très différentes. On y mélange de l’equity, des emprunts, des obligations convertibles ou des aides, alors que ça n’a évidemment pas les mêmes impacts pour l’entreprise.
C’est ce qui fait une différence de plus de 100M€ entre les articles qui parlent des levées d’Ÿnsect et la réalité comptable.
C’est en 2014 qu’Ÿnsect fait son premier tour de table avec une série A à 1,8M€ auprès de Emertec Gestion et Demeter Partners2 afin d’ouvrir sa première usine à Dole. Puis c’est une série B à 15,2M$ avec Future Positive Capital et Bpifrance.3
Quand émerge un projet d’usine à Amiens fin 2017, Ÿnsect cherche beaucoup d’argent. La série C est leadée par Astanor Ventures, VC spécialisé dans l’agrotech. 148M$ sont annoncés en 2019, complétés par 372M€ en 2020, selon un communiqué de l’entreprise.4
Les chiffres sont massivement repris partout.
Ce qui l’est moins, c’est pourquoi un complément a été ajouté un an plus tard.
Le projet d’Amiens a été largement malmené par le Covid-19 qui a amené de nombreux retards. Donc des pertes, qui ne vont que s’aggraver. Tout comme les retards.
Ÿnsect profite de l’afflux de pognon pour racheter Protifarm aux Pays-Bas, renommé Ÿnsect NL. Cout de l’opération : 14,25M€.
Le temps passe… et Amiens qui devait sortir de terre fin 2021 n’ouvre toujours pas.
Début 2022, Ÿnsect veut lever 250M€ en série D, sauf que voilà… Les taux remontent, les VC sont moins chauds, les mégalevées se font rares… et les objectifs d’Ÿnsect sont très très loin d’être atteints. Lors de la série C, la société affichait un objectif de CA à 5 ans de 500M€5, alors qu’il n’a été que de 17,8M€ la même. Ce qui, à ce jour encore, est son année record.6
Le problème c’est qu’Ÿnsect n’a pas beaucoup de temps. En plus de l’inflation, la guerre en Ukraine stresse les couts des céréales et l’énergie qui font exploser les charges de la startup. Les actionnaires historiques doivent lâcher 50M€ en juin pour éviter le pire.
Dès 2023, la boite se remet à la recherche de 250M€ tout en travaillant sur un plan d’économie, alors que l’usine d’Amiens n’est toujours pas prête. Elle n’ouvrira que début 2024. Forcément, les investisseurs ne sont pas vraiment chaud bouillants.
Une série D de 160M€ est finalement annoncée dans la presse7. Un chiffre fuite en off : 600M€ de valo pour le gros insecte qui se disait licorne quelques temps auparavant. Tout le monde avait senti la douille arriver… Surtout quand dans le même temps l’effectif de 360 personnes doit s’alléger de 38 postes.
Sauf qu’en réalité ce montant de 160M€, c’est le bridge de 50M€ de juin 2022, complété par 107M€ d’obligations convertibles. En avril 2023, l’AG avait voté la possibilité d’émettre jusqu’à 200M€ d’OC.
Des OC avaient déjà été émises pour 51M€ en 2022.
Soit plus de 232M€ de dettes8 et près de 9M€ d’intérêts.
C’était 125M€ en 2022.
33M€ en 2021.