Lita fait "évoluer" ses frais (Spoiler : ils augmentent)
La plateforme se paye à l'entrée, faute de sortie
L'objet du mail envoyé par Lita à ses investisseurs annonce « ce qui change et ce qui reste intact ». Ce qui reste intact, c'est le virement : pour un ticket de 5'000€ au capital d'une PME, l'épargnant enverra toujours 5'175€. L'entreprise financée, elle, recevra moins : 4'750€ à partir du 15 octobre.
Lita, plateforme de financement participatif agréée par l'AMF, place depuis 2014 l'épargne de particuliers dans des entreprises à impact, et revendique plus de 230M€ investis par plus de 50'000 personnes. Ses nouveaux « frais de suivi » de 5% s'appliquent aux investissements en capital réalisés via un SPV, une holding qui regroupe les épargnants d'un même tour de table. La page « Investir avec Lita », toujours en ligne, résume pourtant la tarification d'une formule : « une seule fois, et puis c'est tout ». Pas de frais de suivi ni de sortie : les frais d'entrée, explique la plateforme, financent l'évaluation des entreprises et le « suivi continu de l'investissement ». Nous voilà rassurés. Ou presque.
Parce que certes, ces frais d'entrée ne bougent pas : 3,5% sous 15'000€, 2,5% jusqu'à 29'999€, 1,5% au-delà, toujours payés en plus du ticket. Mais de nouveaux frais s'y ajoutent. Pour faire passer la pilule, Lita les annonce « inclus dans votre investissement » : ils sont déduits du ticket. Sur 5'000€ souscrits, 250€ n'iront donc pas dans l'entreprise, et les frais totaux passent de 175€ à 425€. Sur 30'000€, de 450€ à 1'950€, plus de 4 fois la facture d'avant.
Pour présenter l'addition, la plateforme l'étale : « 1% par an sur 5 ans, ou 0,5% par an sur 10 ans ». Sauf que ces 250€ ne travailleront jamais dans l'entreprise, que la sortie intervienne au bout de 2 ans ou de 12. Dans le même mail, Lita parle de frais « prélevés en une seule fois », puis « prélevés annuellement ». Comprendre : prélevés une fois sur l'épargnant, dépensés chaque année par le SPV. Ironie, en pied de page, Lita conseille de n'investir que dans « des opportunités que vous comprenez ». Son mail pourrait presque servir d'examen d'entrée.
Cela dit, Lita explique au moins la ventilation des frais : 2'500€ par an de frais de structure, des frais d'avocat ponctuels et 1 à 4 jours de travail par an. Ces 2'500€ sont fixes, les 5% non : 10K€ sur un SPV de 200K€, soit 4 années de frais fixes, 100K€ sur un de 2M€, soit 40 années. Rien n'indique ce que devient le reliquat.
Reste la justification : « Jusqu'ici, nous avons absorbé ces coûts seuls. » Lita facture pourtant 7% HT des montants levés aux entreprises financées. En Belgique, elle leur facture déjà des frais de suivi. En France, c'est l'épargnant qui les paiera. Lita met aussi en avant l'absence de commission sur les gains : « Frais de sortie/carried : 0% ». Ce qui n'est en réalité pas un cadeau, mais plutôt un red flag. Ses propres chiffres expliquent pourquoi.
Dans ses indicateurs de performance arrêtés au 30 juin 2026, Lita déclare 274 opérations en capital depuis 2015, pour 71,4M€ collectés. En face, 79 sorties. 8 positives, dont aucune au-delà de 4 fois la mise, et 71 négatives, dont 66 où les titres ne valaient plus rien. Cumul des prix de cession sur toute la période : 1,96M€. Pour le premier semestre 2026, 13 sorties et 13 pertes. 195 participations restent en portefeuille, le bilan n'est donc pas clos. Mais une commission sur les gains aurait rapporté au mieux une fraction de ces 1,96M€. Les 5% de chaque ticket, eux, tombent le jour de la souscription.
Pour un ticket sous 15'000€, la part prélevée passe donc de 3,5% à 8,5%, plus du double, pour un suivi déjà présenté comme financé par les frais d'entrée. Le jour où Lita annonçait ces frais, elle promettait encore, à l'article 9.1 des CGU publiées sur son site : « Aucun autre frais [...] ne sera facturé par Lita à l'Investisseur. » Dernière mise à jour : 8 février 2026.
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