💥 Zero Bullshit
Chapitre 03

Mais c'est d'la meeeerde

Lors d'une réunion de préparation de la dernière saison, Arthur, par l'odeur alléché, aurait tenu à peu près ce langage, selon un de ses proches :

« [QVEMA] C'est une marque qui sert qu'à faire du business à droite à gauche, ce qui est énervant parce que dans ce business-là, nous on touche rien. »
Arthur, réunion de préparation saison 6

Que Bourbon lui semblait joli. Que Larchevêque lui semblait beau. Au point qu'il érige la présence dans l'émission en rapport de force.

« Anthony [n'aurait] pas monté Blast de la même manière s'il avait pas utilisé l'image [QVEMA]. Il le sait, il le reconnaît. »
Arthur

Et d'ajouter.

« Si jamais je disais Anthony, tu fais pas la saison, ça fout son business model en l'air. »
Arthur

C'était vrai à l'époque. Sauf que Blast a depuis largement pris son autonomie, et les spectateurs qui devaient être clients, le sont déjà. Mieux, alors que la saison 7 de QVEMA est déjà en cours de casting, il semble assez probable que Bourbon n'en fasse plus partie. Arthur n'est peut-probablement pas encore au courant. Il a qu'à lire les bonnes newsletters.

Le producteur cite explicitement Jean-Pierre Nadir comme précédent. Le fondateur avait été juré des premières saisons avant de ne revenir qu'épisodiquement. Selon Arthur, il a quitté l'émission précisément pour avoir trop utilisé la marque à des fins de recrutement commercial. Le cas Nadir, c'est la ligne rouge que les suivants ont continué de franchir. Le juré, lui, avait expliqué ici il y a quelques semaines qu'il n'avait tout simplement plus le temps d'accompagner de boîtes.

La réalité, c'est qu'avec Arthur, tout est rapport de force. Et qu'il n'épargne personne. Sur Bourbon :

« Entre le Anthony de la saison 1 et l'Anthony de la saison 5, il est à poil en jet ski avec sa gonzesse à faire des tutos sur comment réussir dans la vie dans son dressing. »
Arthur

Sur Larchevêque :

« Son associé s'est fait enlever parce qu'Éric faisait des vidéos tous les jours pour dire « je suis millionnaire en Bitcoin ». »
Arthur

L'AFFAIRE VILAGINÈS

Une référence à l'affaire Balland qui a pris une toute autre ampleur il y a quelques jours quand Bourbon a publié une vidéo accusant Yves Vilaginès, chef du service Entrepreneurs aux Echos, d'avoir révélé son adresse personnelle sur LinkedIn, en marge d'un article sur le transfert de sa holding en Grèce. Bourbon invoque les enlèvements en série qui ciblent les entrepreneurs et investisseurs crypto depuis 2024. Les Echos ont présenté leurs excuses, notamment après que le fils Arnault soit intervenu. Bourbon disant aux mêmes Echos avoir déménagé en Grèce pour des raisons de sécurité quelques jours plus tôt, et se retrouve quand même doxé par un journaliste économique… qui avait écrit un article sur la nouvelle loi destinée à ne pas faire apparaître les adresses des entrepreneurs.

Amplify

Toujours est-il qu'à cet automne 2025, Arthur annonce el famoso Amplify aux jurés qu'il veut embarquer dans le dispositif. La simple utilisation du terme dispositif en dit probablement plus qu'une longue explication.

Dans les présentations en interne et aux partenaires, on parle de « premier média 360 sur la verticale de l'entrepreneuriat », de « galaxie », d'« assets », de « verticales », d'« écosystème digital » et de « feuilletonner ». Des « pastilles digitales » LinkedIn, des contenus pour « maximiser la viralité ». Une « régie intégrée force de proposition ». Le tout pour « asseoir la légitimité » et « amplifier l'impact ». Ça sent le PowerPoint fait en urgence par des gens qui ont passé leur vie dans des bureaux et qui regardent le monde sans vraiment le comprendre.

Mais peu importe. Le projet sera « avec le ministère du Travail », pour « aider les jeunes à accéder au monde de l'entrepreneuriat ». La promesse : une visibilité décuplée via les réseaux de QVEMA, des masterclass rémunérées, et une régie intégrée capable de leur amener du brand content. Il voudrait aussi que les jurés participent à la promo. Gratos. Selon plusieurs jurés, ça ne passe pas. Surtout quand la présence semble conditionner la possibilité d'accéder à la saison suivante.

Côté papelard, Amplify est porté par Mon Associé Factory, siège au 78 avenue Marceau, adresse de toutes les sociétés d'Arthur. Satisfy et M6 à 50/50. Présidente : Michèle Benzeno, que les communiqués présentent comme « cofondatrice ». La réalité : elle dirige sans posséder une seule action. Cela dit, on parle pas de n'importe qui. Benzeno, c'est dix ans passés à la tête de Webedia : la patronne de la creator economy française. Inoxtag, Domingo, Cyprien, des centaines de millions d'abonnés, des modèles de monétisation YouTube et branded content construits de l'intérieur. Elle quitte Webedia en février 2025. Quelques mois plus tard, elle crée Digi-TV Prod, le 17 novembre 2025, soit 6 semaines après la création de Mon Associé Factory. Si quelqu'un est censé savoir ce que sont vraiment ces formats, c'est elle.

Le funnel, lui, est simple. Une partie gratuite sur qvema.com, M6+ et YouTube pour générer du trafic, et une formation certifiante de 150h à 5 000€ montée avec l'ESCP Extension School. Pas l'ESCP Grande École. L'ESCP Extension School, c'est une branche de formation continue lancée en mars 2025, grand public, sans prérequis académique, finançable CPF et France Travail, qui se présente comme « inspirée des Extension Schools de Harvard et de UCLA ». En gros : on vend la marque et on prend tout le pognon qu'il y a taper.

Le site du bouzin tourne avec un splendide amateurisme sur un template Webflow gratuit : Castifye. Les photos de présentation sont celles du template de base. Le module 4, intitulé « Choisir un problème solvable », contient une vidéo avec le stock model livré avec le template. Pas un intervenant. Un stock model. « Problème solvable » est d'ailleurs la traduction automatique de "solvable problem".

À gauche : le template Webflow Castifye. À droite : le site Amplify.

Ce qui n'empêche pas Arthur de vendre sa soupe à ses jurés :

« Toutes les masterclass qui sont faites depuis 2 ans, c'est des arnaques. Les pauvres gars, ils perdent 4 000 balles et après ils se retrouvent toujours au chômage. »
Arthur, réunion avec les jurés

Ou encore :

« Cette académie qui est un véhicule qui proposera de faire la même chose mais avec la marque QVEMA afin que ça ne parasite pas toutes les actions du programme. »
Arthur

L'aboutissement d'un long travail de tests et de réflexion. Parce que comme je l'avais révélé y'a un an ((et aussi y'a 3 mois)), l'arrivée remarquée d'Arthur sur LinkedIn était complètement liée à ce format, grâce à l'accompagnement d'une agence spécialisée LinkedIn, dirigée par des jeunes qui réfléchissent comme des vieux. La même qui gère le compte d'un responsable patron immobilier qui s'est mis à commenter les façades haussmanniennes alors qu'il boucle des deals à plusieurs centaines de millions. Arthur, producteur de mille heures de TV par an, version LinkedIn : le même registre, le même angle. C'est exactement ce qu'il reproche à ses jurés.

Pendant ce temps, La Grosse Équipe produit Téma Ma Caisse.