En 1992, Jean-Luc poursuit son ascension avec Matra. Un gros contrat est sur le point d’être décroché : 60 Mirage 2000 armés de missiles MICA pour Taïwan. Le marché est réparti entre 4 entreprises françaises :
En parallèle, Jean-Luc travaille sur un autre dossier d’envergure : fusionner Matra et Hachette. Mais Alain Gomez, patron de Thomson-CSF, a une idée machiavélique : grignoter des parts dans le contrat… pour faire chier Lagardère.
Pendant près de cinq ans, il mandate William Lee, un avocat américain d’origine chinoise, pour déstabiliser Matra. Comment ? En incitant des actionnaires à contester Jean-Luc et en orchestrant des opérations contre lui. Et comme si ça ne suffisait pas, un autre gros contrat, cette fois pour des frégates, est aussi dans la balance.
En mars 1992 devant un parterre de journalistes, Jean-Luc Lagardère déclare :
« Je viens d’essuyer le plus sérieux revers de ma carrière… »
Pour comprendre ce bordel, il faut remonter un petit en arrière.
Après le lancement de Canal+ en 1984, Mitterrand annonce deux nouvelles chaînes : TV6 et La Cinq. La première, portée par Europe 1 Communication (le futur Lagardère News), Publicis, NRJ et Gaumont, ne dure qu’un an. La seconde est lancée par Jérôme Seydoux (Chargeurs, et futur Pathé) et Silvio Berlusconi, via Fininvest. En 1986, Chirac redistribue les cartes : TV6 est abandonnée, et Seydoux cède sa place à Robert Hersant, magnat de la presse régionale (et propriétaire du Figaro).
À ce moment-là, Jean-Luc rêve de prendre le contrôle de TF1, en cours de privatisation. Mais c’est Bouygues qui rafle la mise. Dépité, il se tourne alors vers La Cinq en 1990, via Hachette. C’est pile au moment où Hersant s’embrouille avec Berlusconi et où les actionnaires font leurs comptes. Résultat : des dettes abyssales et des caisses vides.
Une augmentation de capital est organisée. Jean-Luc en profite pour grimper à 25 % du capital, tandis qu’Hersant chute à 10 %.
Sur fond de Guerre du Golfe et de journaux sensationnalistes, La Cinq explose les records d’audience… mais pas les recettes. Plutôt que de redresser la barre, Hachette dépense sans compter, embauche à tour de bras et produit des programmes de plus en plus chers. À cela s’ajoute une boulimie d’achats de séries (dont l’excellent Twin Peaks, la meilleure série jamais écrite3… mais ce n’est pas le sujet).
En un an, Hachette perd 1,1G Frs, soit 3,5G Frs depuis le lancement. Fin 1991, Yves Sabouret, bras droit de Jean-Luc, annonce aux salariés la fin de l’aventure. Le soir même, les spectateurs apprennent la nouvelle à l’écran.
Fin ?
Pas tout à fait. Début 1992, quelques personnalités tentent de relancer La Cinq, mais sans succès. C’est dans ce contexte qu’arrive Arte.
Mais en mai 1992, Jean-Luc doit reconnaître son échec. Si La Cinq sombre, c’est aussi à cause de Thomson-CSF et de son allié Lee, qui ont manœuvré pour monter les actionnaires contre lui. La facture finale atteint entre 6 et 7G Frs.
Au bord du gouffre, Hachette et Matra fusionnent. Ainsi naît le groupe qui portera le nom de…
Lagardère.