Très vite, Arnaud est contesté au sein des différentes branches de ses entreprises. Un cadre de l’époque explique :
« Arnaud a toujours été perçu comme un parvenu. Il est arrivé à la tête du groupe par accident, alors que certains se voyaient déjà avec un peu plus de pouvoir qu’il n’allait leur en laisser. Si on ajoute qu’il n’était pas prêt et qu’il donnait souvent l’impression de ne pas en avoir envie, il partait battu d’avance. »
La question de la véritable volonté d’Arnaud de diriger le groupe revient sans cesse parmi les proches de Lagardère. Difficile de savoir si chacun projette ses propres fantasmes ou si la question est réellement fondée.
Jean-Luc, lui, était une figure respectée, parfois crainte, que les médias, y compris les siens, décrivaient sous un jour laudatif. Arnaud, en revanche, n’a jamais bénéficié de cette indulgence.
En 2006, Le Nouvel Observateur titre : « Lagardère : où va Arnaud ? » L’article dépeint des « atermoiements, des annonces contradictoires, une stratégie indéchiffrable et une difficulté à prendre des décisions ». Quelques semaines plus tard, l’affaire Clearstream achève de fracturer le groupe.
Les fameux « Lagardère Boys », avec en tête Jean-Louis Gergorin, Jean-Paul Gut, Philippe Camus, Fabrice Brégier et Noël Forgeard, se livrent à des dénonciations calomnieuses, déstabilisant publiquement EADS. Arnaud, pendant ce temps, reste silencieux
A l’époque, Alcatel finalise sa fusion avec Lucent et cherche à se séparer de Thalès. Lagardère est sur les rangs depuis 2004, mais faute de position claire d’EADS, c’est finalement Dassault qui remporte l’affaire.
À défaut d’avoir racheté Thalès, Lagardère s’est surtout séparé d’EADS. Entre novembre 2005 et mars 2006, de nombreux cadres d’Airbus et d’EADS exercent leurs stocks-options. Beaucoup de ces transactions soulèvent des questions, intervenant juste avant des annonces importantes.
L’épisode le plus marquant survient en juin 2006, lorsque l’annonce du retard de l’A380 provoque une chute brutale du cours de l’action : -36 %. Mais, en mars 2006, plusieurs cadres avaient réalisé des plus-values impressionnantes :
Sont également cités : Thierry Breton (ministre des Finances), Francis Mayer (DG de la Caisse des Dépôts), son successeur Augustin de Romanet, ainsi que Xavier Muscat (directeur du Trésor). Et bien sûr, Arnaud Lagardère, qui vend les 7,5 % d’EADS détenus par le groupe le 4 avril 2006 pour 2G€.
Forgeard, Gut, Humbert et Sperl sont mis en examen. L’AMF (Autorité des marchés financiers) clôt le dossier sans sanction. Finalement, aucune des neuf personnes mises en cause par la justice ne sera jugée, en raison d’un incident de procédure lié à la clôture de l’enquête par l’AMF.
Forgeard finit par démissionner, empochant au passage plusieurs millions d’euros de prime, popularisant ainsi la notion médiatique de parachute doré.14