💥 Zero Bullshit
Chapitre 07

Médias à part

Côté médias, le groupe est plus solide, mais Arnaud veut marquer son empreinte et poursuivre l’ascension.

En 2004, il acquiert 40 % d’Editis auprès de Vivendi, qui continue sa dégringolade. Ex-propriété d’Havas (le groupe qui détenait Canal+ avant de le revendre à Vivendi), Editis a accumulé une belle collection de grands noms de l’édition : Bordas, Larousse, Plon, Robert Laffont, Seghers, etc., dépassant même Hachette en parts de marché dans les années 90. Mais en 1998, Vivendi rachète le groupe, le diversifie à l’international, y ajoute du jeu vidéo… avant de tout planter, comme tout ce que touchait Vivendi à cette époque.

Cependant, la Commission européenne impose à Lagardère de céder une partie des marques pour éviter un monopole. Résultat : le groupe n’acquiert que 40 % d’Editis, principalement des marques éducatives et professionnelles (Larousse, Dalloz, Dunod, Nathan, etc.), qui sont intégrées à Lagardère Publishing, où se trouve déjà Hachette.

Mais Lagardère possède un gros actif : ses parts dans Canal+, issues d’anciens accords. En 2007, Canal+ France voit le jour après la fusion de Canalsat (Canal+ et Europe 1 Communication, devenu Lagardère News) et TPS (M6 et TF1). Les activités et chaînes ont beaucoup évolué en dix ans.

À son lancement, Canal+ (Vivendi) détient 65 % de l’entité, Lagardère 20 %, TF1 9,9 % et M6 5,1 %, avec AB Sat et BIS TV comme seuls concurrents. En 2009, TF1 cède ses parts à Vivendi pour 744M€, suivi par M6 en 2010, qui vend sa participation pour 384M€.

Ce n’est qu’en 2013 que Lagardère quitte l’aventure, vendant ses 20 % pour 1G€, permettant à Canal+ d’absorber intégralement la société. Une transaction qui coïncide avec l’arrivée d’un certain Vincent Bolloré comme actionnaire de référence de Vivendi.

Entre temps, profitant de l’arrivée de la TNT, Arnaud lance Gulli en 2005, la première chaîne de télévision dédiée à la jeunesse. Puis il se met à faire les mêmes conneries que J2M, en lançant des projets tous azimuts, souvent voués à l’échec, ou en rachetant tout ce qui traîne.

Afin de financer tout ce bordel, Arnaud vend des actifs comme La chaîne météo, et accepte de réduire sa part dans MultiThématiques, jusqu’ici codétenue à parts égales avec Canal+. Planète Choc et Ma Planète ferment après quelques mois, tandis que Filles TV ne trouvera jamais son public. Pas mieux pour Europe 2 TV, devenu Virgin 17 et qui finira en 2010 dans l’escarcelle de Bolloré…

Arnaud avait un rêve : bâtir un groupe média puissant et transversal, à la manière de Fox ou de la BBC. Mais rien ne fonctionne. En plus de son incapacité à créer des synergies, Lagardère Publishing s’enfonce dans les pertes, tout comme Lagardère Radio (Europe 1, Europe 2, RFM), dont les audiences plongent.

Incapable de prendre un virage numérique, Lagardère rachète à prix d’or des coquilles vides surcotées. J’avais d’ailleurs vécu de l’intérieur en 2008 le rachat de Doctissimo pour 70M€ sur une valo de près de 140M€. Tout avait été désastreux :

  • Incapacité à faire travailler ensemble des équipes ;
  • Direction incapable de comprendre les problématiques métiers ;
  • Des millions en conseils pour rationaliser des piles technos :
  • Pas de stratégie long terme, etc.

Après dix ans d’hémorragie, Lagardère cède Doctissimo (et tout un tas de bazar accumulé) à TF1 pour moins de 15M€. La chaîne jette l’éponge et revend l’activité à Reworld Media pour une poignée de dollars, comme dirait Sergio.

Le seul à vraiment s’en être tiré ? Laurent Alexandre, qui a empoché des dizaines de millions dans l’affaire. Aujourd’hui, ce personnage alimente le débat public en valorisant son doctorat en pipi11 pour donner son avis sur l’IA, le transhumanisme, la PME, la démocratie ou la santé mentale de Greta Thunberg, tout en tenant des propos racistes sur le QI, prônant l’eugisme éthnique12 ou niant le réchauffement climatique13.

A défaut l’intelligence naturelle, on comprend pourquoi il prône l’intelligence artificielle.