Depuis 2011, l’actionnaire de référence de Lagardère est Qatar Investment Authority (QIA), le fonds souverain du Qatar, qui gère entre 500 et 550G$. Fin 2019, QIA20 monte à 13 % du capital et 19 % des droits de vote. À cette époque, Lagardère détient 7,33 %, et Amber Capital complète le podium avec 6,73 %.
La présence de QIA n’est pas un hasard. Son gérant, Tamim ben Hamad Al Thani, émir du Qatar depuis 2013, est un proche de Jean-Luc Lagardère, mais aussi de Nicolas Sarkozy. D’ailleurs, il s’est longtemps murmuré que Sarkozy et Arnaud auraient été impliqués dans le rachat du PSG par QSI.
Si QIA fait preuve de patience avec Lagardère, ce n’est pas le cas d’Amber Capital. Également entré en 2011, le fonds dirigé par Joseph Oughourlian (président-propriétaire du RC Lens depuis 2019) réalise une plus-value en sortant en 2013. Mais après la chute du cours en 2016, Amber revient au capital autour de 5 % et demande un désengagement dans le sport et les médias pour se recentrer sur l’édition et les boutiques d’aéroport, une stratégie en partie suivie, comme on l’a vu avant.
Et Oughourlian n’est pas n’importe quel activiste. En 2014, il obtient le départ de Frédéric Vincent de Nexans. L’année suivante, il entre chez Prisa qu’il force à céder sa participation dans Le Monde, avant d’aider Vivendi dans un raid contre les frères Guillemot (Gameloft / Ubisoft).
Quelques jours avant la clôture de l’OPA, Amber apporte 15% des titres à Vivendi21, permettant à Bolloré de prendre le contrôle de Gameloft. Une opération similaire avait eu lieu lors de la cession des titres Activision en 2013.
En 2018, Amber réclame une place au conseil de surveillance et critique les salaires trop élevés, l’opacité financière et le rôle de Lagardère Capital & Management (LCM), le holding d’Arnaud où sont logées ses actions, qui n’a jamais publié ses comptes.
Dans un premier temps, QIA soutient Amber. Furieux, Arnaud mandate Pierre Leroy, un fidèle conseiller de son père, pour inverser la situation. Leroy sollicite Nasser Al-Khelaïfi (patron du PSG et de QSI) et Nicolas Sarkozy. Cinq jours plus tard, QIA change de position et sauve la tête d’Arnaud.
L’accord final est négocié par un autre conseiller, Ramzi Khiroun, un communicant aux multiples casquettes. Passé chez Lagardère via le Racing Club de France en 2006, il s’est rapproché de DSK autour de 2007 avant de rejoindre Arnaud en 2010 pour l’affaire EADS. C’est aussi lui qui a géré la communication de Richard Gasquet après son contrôle positif à la cocaïne. Khiroun, à l’époque, bénéficiait même d’une Porsche de fonction fournie par Lagardère, au cœur d’un règlement de comptes médiatique entre les soutiens de Sarkozy et de DSK.22
Suite à l’affaire du Sofitel, il s’éloigne de DSK et se rapproche d’Arnaud malgré de fortes réticences internes… qu’il finit par faire disparaître.23
Cet accord, c’est la nomination au conseil de Jamal Benomar24, diplomate marocain et ancien secrétaire général adjoint à l’ONU, soit disant indépendant, qui était en réalité proche du Qatar. Khiroun avait rencontré Benomar à Londres quelques mois auparavant via un frère de l’émir. Cet accord vaut à Khiroun une prime de 1,7M€ pour sa « bravoure ».
S’engage alors un bras de fer qui se répend dans les médias. Le bruit court que la holding serait très lourdement endettée, bien au dela de la valeur des titres, qui ne cesse de chuter.
Amber obtient du tribunal la publication des comptes de la holding. Mais Arnaud refuse et préfère payer une amende de 2 000€ par jour plutôt que de dévoiler ces documents.
Mais pourquoi un tel secret ?