En octobre 2022, pour convaincre les prêteurs de Tudigo, Brique House se compare à 2 brasseries européennes, le danois Mikkeller et l’écossais BrewDog, et présente son responsable de production comme un ex brasseur BrewDog38.
BrewDog naît en 2007 à Fraserburgh, au nord-est de l’Écosse. En 2009, James Watt et Martin Dickie ouvrent leur premier bar, à Aberdeen, et lancent « Equity for Punks » pour financer la croissance39. La formule consiste à vendre des actions directement à ceux qui boivent la bière, pour confier l’entreprise à ses buveurs plutôt qu’à des financiers anonymes40. De 2009 à 2021, 7 tours lèvent environ 75M£, et la brasserie compte jusqu’à plus de 200’000 actionnaires41. Une partie de cet argent passe par Crowdcube, toujours dans les bons coups : entre octobre 2015 et novembre 2019, BrewDog y boucle 5 levées, pour 42,6M£ via 7’429 souscriptions42.
En 2015, pour devenir actionnaire, il faut acheter au moins 2 actions à 47,50£, soit 95£. En échange : 5% ou 10% de remise dans les bars de la marque, 10% à 20% sur la boutique en ligne, 10£ de « Beer Bucks » et une bière offerte chaque année pour son anniversaire. Ce 4e tour valorise la brasserie 283M£, 9,6x le CA43. Quelques jours après le lancement, la FCA44, juge ses messages non conformes. BrewDog reconnaît que son offre n’est pas « approuvée » par l’autorité de cotation, contrairement à ce qu’affirmaient ses communiqués, et demande aux investisseurs d’ignorer ce qu’elle leur a écrit sur la hausse passée de ses actions45.
En avril 2017, le fonds américain TSG Consumer Partners paie 213M£ pour 22,3% du capital, sur une valorisation de 1Md£. Ses actions de préférence lui garantissent, en cas de vente, 18% de rendement composé par an, servis avant tout le monde. Une centaine de millions vont à l’expansion. Le reste rachète des actions aux fondateurs et à d’autres dirigeants : Watt en tire plus de 50M£. Les Equity Punks, eux, ont droit à une enveloppe de 13M£ pour revendre au plus 15% de leurs titres, dans la limite de 40 actions chacun.
6 mois plus tard, en octobre 2017, BrewDog relance « Equity for Punks ». L’action est proposée à 23,75£, sur une valorisation de 1,7Md£ si l’offre est entièrement souscrite. C’est 70% de plus que la valorisation retenue pour TSG, et sans actions de préférence.
En juin 2021, plus de 60 anciens salariés publient une lettre ouverte sous le nom « Punks With Purpose ». Ils y décrivent un « culte de la personnalité » et des équipes « épuisées, effrayées et malheureuses »46. Watt s’excuse. En 2024, il quitte la direction générale. Il reste administrateur, avec 19,15% du capital.
En septembre 2025, à court d’argent, BrewDog lance une revue stratégique. TSG, qui siège au conseil, fait entrer le cabinet de restructuration AlixPartners et remet de l’argent entre octobre et décembre. Pas en actions, cette fois : en obligations garanties, avec un nantissement sur l’ensemble des biens le 26 novembre et une hypothèque sur la brasserie le 1er décembre. La banque d’affaires Rothschild propose l’entreprise à 20 acheteurs. 3 offres non engageantes arrivent mi-janvier, aucune finançable sans faillite. Le 17 février 2026, la banque HSBC prend à son tour des hypothèques sur la brasserie, puis, le 24 février, des gages sur la marque elle-même47.
Le 2 mars 2026, BrewDog entre en administration judiciaire, l’équivalent britannique du redressement, et la vente au groupe américain Tilray est signée dans la foulée : 33M£, dont 10,2M£ pour la marque, 15M£ pour les machines et 2M£ pour le site d’Ellon, alors que les biens immobiliers figuraient pour 34,3M£ dans les comptes au 31 janvier. Le jour même, 444 salariés des bars sont licenciés. Le bilan estimé est cinglant, selon un des administrateurs :
Et il ajoute par écrit :
« Les actionnaires ne devraient recevoir aucun retour dans le cadre des procédures. Les actions n’ont donc pratiquement aucune valeur. Cela inclut les actions détenues dans le cadre du programme Equity for Punks de PLC. »
Le fonds entré par la porte des actions de préférence repart sans rien, ses prêts de dernière minute compris. La banque, qui a renforcé ses garanties 2 semaines avant la faillite, récupère plus de la moitié de ce qui lui était dû. Les Equity Punks, qui avaient payé 95£ pour entrer, ne récupèrent rien. Mais ils ont payé leur binouze moins chères.
La différence entre Punk Anar’ et Punk Connard est décidément ténue.